Je ne peux pas avoir vécu cela pour rien: 1. La misère est optionnelle

1 commentaire

2051144

Je suis arrivé en enseignement par accident, j’ai continué par intérêt et j’y ai fait ma carrière par passion. Vous m’auriez dit en 1978 que je passerais la balance de ma vie professionnelle dans le domaine de la formation professionnelle, je vous aurais dit que vous étiez dans les patates. On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. Mon père me l’avait pourtant dit, il n’y a rien de plus permanent que les choses temporaires. Il a fait le même travail toute sa vie et pourtant, il avait été engagé en attendant que les gens trouvent mieux. J’ai toujours eu comme attitude, par rapport au changement et à la nouveauté, de faire confiance à l’avenir. Il ne faut pas toujours attendre de tout contrôler et d’avoir toutes les réponses avant de s’engager dans le changement. La dynamique du changement apporte ses propres solutions. Il faut avoir confiance en nos capacités et à la situation nouvelle.

Si nous ne laissons pas de place aux choses nouvelles, nous sommes condamnés à revivre le passé. Ma première année d’enseignement a été déterminante. La majorité des situations que j’ai évoquées dans mes textes précédents ont été vécues durant cette année. C’est lorsque j’ai fait le bilan de cette année que je me suis dit que je ne pouvais pas avoir vécu tout cela et persisté pour rien. J’avais la conviction que le pire était derrière moi. Effectivement, je n’ai plus jamais vécu ce genre de situation, à tout le moins leur intensité.

Je me plais à croire que ce ne fût pas un hasard et que les leçons que j’en avais tirées, les études que j’avais entreprises et mes recherches ont donné des résultats. J’enseigne encore et j’adore cela. J’aime me placer en péril dans des situations de formation hasardeuses, que personne ne voudrait vivre, seulement pour le défi. J’aime ceux qui ont de la difficulté ou ceux qui ne veulent pas apprendre. Pour moi, c’est un nouveau défi à relever. C’est dans ces moments où j’ai le plus de plaisir à faire apprendre. Je dis souvent, « donnez-moi un contenu difficile à apprendre, des personnes qui ne veulent pas l’apprendre et je vais m’amuser » .

Il me semble que ce qui devrait stimuler un enseignant c’est d’être allumé par des élèves qui sont presque éteints. Comment voulez-vous pouvoir allumer la flamme de vos élèves lorsque vous êtes vous-même éteint? Il faut être alimenté par une plus grande passion que celle de vouloir transmettre son expertise. Il faut avoir la passion de faire apprendre ce que vous savez. L’un n’est pas le synonyme de l’autre.

Un radio ou une télévision sont les récepteurs d’une transmission d’informations. Les participants à une formation ne sont pas des radios ou des télés. Il me semble qu’un prof est plus qu’un transmetteur. Ce concept de transmission était vrai à l’époque où les livres et le papier n’étaient pas disponibles pour tous. C’est pour cela qu’à cette époque le professeur lisait des livres aux étudiants. L’étudiant mémorisait la lecture du maître. En 2014, il y a encore des professeurs et des formateurs, qui lisent leur Power-Point aux étudiants. Des fois, plus ça change et plus c’est pareil. Sauf qu’aujourd’hui, l’étudiant a les moyens de s’approprier, ailleurs qu’en classe, le pseudo-savoir du prof. À quoi sert le prof quand il n’est qu’un transmetteur? L’étudiant est en droit de se le demander. L’enseignant et le formateur sont des médiateurs entre l’objet à faire apprendre et celui qui doit l’apprendre. Je parle ici comme didacticien. Si je vous parlais comme un pédagogue, je vous dirais que l’enseignant et le formateur sont des médiateurs entre celui qui doit apprendre et l’objet à apprendre. Analysez bien cette nuance!

Tout cela pour dire qu’il faudrait percevoir la formation, l’apprentissage et l’enseignement, sous un jour nouveau. Il ne faut pas croire que tout ce que nous avons fait est mauvais, mais plutôt que les choses ont évolué et que l’on doit évoluer également dans nos pratiques.

À suivre : 2. Qui peut, veut!

Un dernier pour la route !

Laisser un commentaire

Capture d’écran 2014-09-14 à 15.29.29

Merci pour vos commentaires.
Voici une autre production qui parle du prof!

Lundi, je poursuis mon aventure.

Votre avis !

12 Commentaires

Capsule

En attendant le dernier chapitre de mes élucubrations, je vous présente un nouveau projet que je suis présentement à développer. Étant donné l’ère numérique où nous sommes ainsi que le peu de temps dont disposent les enseignants en formation professionnelle, pour de la formation continue, j’ai décidé de leur concevoir des capsules de formation minute. Ces capsules présenteront des thèmes très spécifiques touchant directement l’acte d’enseignement. La durée ne devrait pas dépasser trois minutes pour chacune des capsules.

Pensez-vous que cela a de l’avenir ?

Merci

La suite de mes élucubrations : Je n’ai pas vécu cela pour rien !

Mon premier accident : 6. Conjuguer avoir avec être.

Laisser un commentaire

20139703

Le troisième accident fut un peu plus amusant. Ce n’est pas judicieux de qualifier un accident d’amusant, mais parfois, même une situation potentiellement dangereuse peut nous amuser, lorsque le dénouement n’est pas dramatique. Cet accident est arrivé à l’un de mes meilleurs élèves. Il n’a pas été victime de sa témérité, de son insouciance ou de son ignorance, mais de sa vigilance. Certaines machines peuvent faire peur à cause de leur dimension, du bruit qu’elles font ou de leurs parties mobiles impressionnantes, comme des couteaux par exemple. Souvent les machines servent à réaliser de gros travaux avec de grosses pièces de bois. Par contre, d’autres machines, tout en étant imposantes, servent à faire de petits travaux et le danger est parfois insidieux. La scie à ruban en est un bon exemple. Cette machine comme son nom l’indique est munie d’une scie qui est constituée d’un ruban de métal placé à la verticale. Le ruban est appuyé sur deux roues verticales qui tournent et permettent une coupe du haut vers le bas. Ce type de machine permet de faire des coupes délicates en forme de courbes, de volutes, d’arbalètes, etc.

Le travail est minutieux et demande une attention pour faire des découpes précises. Le danger de ce type d’outil est souvent lié à un bruit que fait la lame. Pour faire un ruban, la lame est soudée à ses deux extrémités pour faire une boucle et ainsi pouvoir être insérée autour des deux roues. Ce joint de soudure, à chaque fois qu’il passe dans le guide de la lame, provoque un petit bruit régulier qui à la longue peut avoir pour effet d’hypnotiser son utilisateur, s’il n’est pas vigilant. Le travail à la scie à ruban est souvent long et délicat, avec ce bruit régulier l’utilisateur attrape, selon l’expression, le "fixe", ne se rendant plus compte de ce qui se passe.

C’est ce qui est arrivé à mon élève, il a attrapé le "fixe" et a continué à utiliser la scie dans un état d’automatisme. Il portait heureusement une casquette, sans y penser il s’est approché la tête de l’endroit où il exécutait une coupe délicate et le bout de la casquette a été entaillé par la lame de scie. C’est à ce moment qu’il a réagi en criant et en retirant la pièce de bois. Cela a eu pour effet de tordre la lame et de la casser dans un énorme bruit. Tout le monde a réagi dans l’atelier, mais il y avait eu plus de peur que de mal.

Ce type de situation n’est pas souhaitable et il faut tout faire pour ne pas que cela arrive, mais cela arrive. Il faut alors transformer cet incident en situation didactique pour en tirer le maximum. Dans ces moments, je faisais arrêter le travail de tout le monde et ensemble on analysait la situation pour pouvoir en tirer des leçons et les transposer dans des pratiques pour éviter que cela se reproduise.

La sécurité au travail se retrouve au coeur de la formation et de la pratique de tous les métiers. On pense, généralement à tort, que de bons équipements, de bonnes directives, de bons règlements et une bonne surveillance sont suffisants. Combien de fois j’ai entendu des enseignants me dire qu’aussitôt qu’ils ont le dos tourné les élèves font ce qu’ils veulent et ne respectent pas les règles de sécurité! Il faut toujours les surveiller.

Pourtant, lors d’un accident c’est rarement le patron, l’enseignant ou l’inspecteur qui est blessé, c’est l’individu même qui n’a pas été vigilant ou qui n’a pas eu le souci de se protéger ou de protéger les autres. Le défi en formation ce n’est pas d’obliger les élèves à appliquer les règles de sécurité, mais de faire en sorte qu’il pense sécurité. En mots simples, avant de placer un casque de sécurité sur la tête d’un élève, il faut qu’il l’ait dans sa tête.

C’est pourquoi j’en suis venu à comprendre que la sécurité est un élément clé de la manifestation de la compétence, car elle en implique les mêmes composantes et qu’il lui manque l’élément principal pour qu’un élève soit sécuritaire spontanément. On peut savoir quelque chose sans être capable de faire cette chose. On peut savoir-faire une chose sans avoir tout le savoir sur elle. Mais on ne dit pas avoir de la sécurité, mais d’être sécuritaire. La sécurité, pour qu’elle se manifeste, est une question de savoir-être sécuritaire. Comme la compétence, la sécurité est une question de savoir, de savoir-faire et de savoir-être qui sont intégrés l’un dans l’autre. C’est une belle façon de conjuguer le verbe avoir avec le verbe être.

La suite : Je ne peux pas avoir  vécu cela pour rien!

Mon premier accident : 5. Vous m’avez pas dit de ne pas le faire!

Laisser un commentaire

15105969

Avant de commencer son travail, cet élève avait tenté de venir me voir pour des informations, mais étant donné que j’étais déjà occupé avec un autre élève il avait décidé de tenter sa chance. Pour lui, s’il lui arrivait quelque chose, je serais responsable étant donné que je ne lui avais pas dit quoi faire. Ce qui devait arriver arriva. L’élève mit en marche le banc de scie, présenta sa pièce de bois et à la fin de la coupe, il lâcha la languette pour continuer avec la pièce restante. Lorsqu’il lâcha la languette, elle se coinça entre la lame et le guide, elle pénétra dans l’ouverture de la lame, se redressa et elle atteignit l’élève au visage.

Le tout s’est produit très rapidement. Je n’ai entendu que le bruit de la languette qui se coinçait et le cri de l’élève. Heureusement, il y a eu plus de peur que de mal. L’élève m’a demandé pourquoi je ne lui avais pas dit de faire attention parce que cela pouvait être dangereux. Il est difficile de surveiller constamment et individuellement quinze personnes qui apprennent un métier dans un atelier, en plus de les former. On peut bien décréter des directives et des règlements, il y aura toujours un élève pour s’essayer. À plus forte raison lorsque vous désirez développer l’autonomie et l’initiative de vos élèves pour faire en sorte de les habituer à prendre les bonnes décisions, selon les situations. Il y aura toujours une bonne part de risque. L’objectif est de minimiser le plus possible les risques tout en laissant une certaine part de liberté chez les élèves. Le moyen, pour éviter de jouer à la police, est de développer le jugement des élèves.

Malheureusement, le jugement ne se développe pas à coup de règlements, d’instructions et de directives. Le jugement se développe en raisonnant, c’est-à-dire en faisant des inférences. L’analyse de la situation de travail et du contexte d’une pratique constituent une bonne stratégie pour développer le jugement des élèves. Imaginer le travail avant de le réaliser pour mieux le planifier, l’organiser, le réaliser et surtout d’interagir. L’action mentale devrait précéder l’action motrice tout au long de son déroulement. Le commentaire que l’on retrouve souvent, suite à un incident ou un accident, c’est que la personne n’avait pas pensé à ce qui allait arriver.

Dans le cas de mon élève, il m’a indiqué qu’il savait que c’était dangereux, mais étant donné que je ne lui avais pas dit de ne pas le faire, il a pensé qu’il pouvait prendre le risque. C’est un bel exemple de conscience, mais d’un manque d’intelligence. Pour contrer ce type de situation, je demandais aux élèves au début de la formation pour les habituer à réfléchir, de décrire, sous forme de procédure, comment ils prévoyaient s’y prendre pour réaliser la tâche qu’ils devaient faire.

Cette activité réflexive est devenu très productive, car elle permettait d’appliquer le langage technique et d’élaborer des hypothèses sur les façons de s’y prendre pour réaliser telle ou telle tâche. Les élèves pouvaient confronter leurs hypothèses et en valider le fonctionnement. Par la suite, après acceptation, ils les mettaient en oeuvre. Pour conclure, un retour était fait sur qui avait bien ou mal fonctionné, permettant ainsi d’améliorer les pratiques tout en développant l’esprit critique.

À suivre :6.  Conjuguer avoir avec être

Mon premier accident : 4. Conscience et intelligence.

Laisser un commentaire

20431590

Aujourd’hui, on parle souvent de systèmes intelligents dans les automobiles ou autres machines. Il faut toujours se dire qu’il n’y a pas de système plus intelligent que son utilisateur. Souvent, ces systèmes endorment notre vigilance et nous placent en situation de danger sans que nous puissions nous méfier. Le fait que des systèmes soient automatisés, intelligents ou assistés ne doit jamais faire en sorte d’éviter d’en comprendre le fonctionnement.

C’est pour cette raison que j’avais placé l’utilisation des machines-outils à la fin de l’itinéraire des apprentissages. Mes élèves étaient ainsi en mesure de comprendre ce qu’ils n’avaient plus à faire et d’apprécier ainsi l’efficacité et la dangerosité de ces équipements. Ils pouvaient comprendre non seulement le travail qu’ils pouvaient faire, mais également de gérer les incidences qu’ils avaient sur la situation de travail où ils oeuvraient. J’avais des élèves plus intelligents que les outils qu’ils utilisaient. C’était l’approche par compétences avant son temps.

Le deuxième accident, qui a retenu mon attention, était un accident stupide. Ce type d’accident m’a amené à distinguer la conscience et l’intelligence. La conscience c’est un état affectif causé à la suite d’une réaction que l’on se fait de quelque chose. Je peux être conscient qu’un outil ou une machine est dangereux, mais cela ne me donne pas la compréhension de ce qu’il faut faire pour ne pas me blesser en l’utilisant. Cela vous semble peut-être compliqué comme introduction, mais l’accident que je vais vous décrire ne l’est pas moins, mais c’est arrivé je vous l’assure.

La nuance entre conscience et intelligence va de pair avec le tâtonnement et le jugement. Le tâtonnement est associé à l’essai et l’erreur. Lorsque l’on réalise un travail, trois éléments entrent en jeux, la tâche à réaliser, le contexte où elle se déroule et la pratique que je vais mettre en oeuvre. La situation la plus dangereuse c’est lorsque l’on n’a jamais fait une tâche dans un contexte que l’on ne connaît pas. Tout en étant conscientes de la situation, certaines personnes, à l’esprit aventurier, vont quand même s’essayer.

Il peut arriver qu’une personne n’ait jamais fait la tâche, mais le contexte lui est familier. Elle va s’essayer, avec de la chance cela peut possiblement fonctionner. Il peut arriver qu’une personne puisse réaliser la tâche, mais cette foi c’est le contexte qui est nouveau. Elle va encore tenter sa chance et ça peut encore marcher. Le vrai danger c’est lorsque la personne n’a jamais fait la tâche et ne connaît pas le contexte. Fort de ses chances antérieures, une personne peut tenter encore sa chance, mais elle se retrouve dans la situation la plus dangereuse. La chance a ses limites, cette limite est la loi de la probabilité. Plus vous êtes chanceux moins il vous reste de chance avant que la fatalité se manifeste.

La conscience nous permet de percevoir les éléments d’une situation selon les connaissances que nous possédons. Sans connaissance il nous reste le tâtonnement et le hasard. L’intelligence nous permet d’exercer notre jugement pour prendre les bonnes décisions en toute connaissance de cause.

Mon élève avait à utiliser un banc de scie pour tailler des languettes de bois. Le danger dans cette manoeuvre est surtout au moment où vous terminez la coupe de la languette. La caractéristique d’une languette c’est sa minceur. Au moment de terminer la coupe, il faut utiliser un poussoir pour éviter que vos doigts soient trop près de la lame de scie. En plus, il arrive souvent, à cause de la minceur de la pièce de bois, que l’ouverture de la plaque, qui laisse passer la lame de scie, permette à la languette de s’y insérer en fin de course. Souvent, le garde de sécurité de la lame peut nuire également et les personnes non averties peuvent décider de l’enlever. Si vous avez du jugement vous ferez le lien que s’il faut enlever le garde de sécurité pour réaliser un travail, ce travail ne devrait pas être réalisé sur cet outil.

Si vous n’avez pas pensé  à tout cela et vous débutez votre coupe, vous ne pouvez plus la continuer, le garde vous gênera à un moment donné. Vous ne pouvez plus continuer, car vous n’avez pas pensé de vous munir d’un poussoir. Vous ne pouvez plus lâcher la pièce, car la force de rotation de la lame va projeter la pièce vers vous. Vous êtes dans une situation où vous ne pouvez plus terminer votre travail, vous ne pouvez plus revenir en arrière et vous ne pouvez plus rien faire sans vous mettre en danger.

À suivre : 5. Vous m’avez pas dit de ne pas le faire!

Mon premier accident: 3. Responsable de quoi?

Laisser un commentaire

22243250

Je ne vous dirai pas que j’ai eu la chance, durant ma carrière d’ébéniste, de ne pas me blesser. La chance n’avait rien à voir avec cela. Je me suis toujours méfié des machines. Il ne faut pas confondre avec la peur. Avoir peur d’un outil, ou la craindre, est dangereux. Cela nous met dans un état où nous avons la conviction  de ne pas pouvoir échapper à une certaine fatalité, vous ignorez seulement le moment où cela va arriver. Ma méfiance a fait en sorte d’alimenter ma prudence. Je n’ai jamais eu d’accident avec un outil ou une machine. Le seul accident personnel que j’ai eu durant ma carrière d’ébéniste était difficilement prévisible. J’ai posé le genou par terre, sur de la sciure de bois, et je me suis piqué sur une vis. C’était une simple petite piqûre qui n’a même pas saigné. Trois jours plus tard, je ne marchais plus, il y avait une infection. J’ai eu une injection contre le tétanos et tout est entré dans l’ordre.

Cette méfiance envers les machines et les outils avait fait en sorte que j’avais placé des affiches près de chacune des machines avec les avertissements et instructions d’utilisation. Il y avait donc une trace écrite de mon dispositif de sécurité. C’est ce qui m’a sauvé. Il n’y a pas eu de poursuite et les assurances on prit la relève.

Le pire dans tout cela c’est que cet accident avait été un acte volontaire de la part de l’élève. Cela semble à la limite du croyable, mais l’élève avait voulu s’infliger une blessure pour pouvoir intenter une poursuite à l’école . Il fallait être vraiment désespéré pour en arriver à une telle extrémité. Ce qui nous avait mis la puce à l’oreille était le type de travail que l’élève était venu faire dans l’atelier. Pourquoi était-il venu en atelier seul pour façonner une pièce de bois qui comportait toutes les caractéristiques pour provoquer un accident qui ne faisait l’objet d’aucun projet que l’élève devait réaliser? Il n’a jamais répondu à cette question.

Lorsque j’ai reçu la mise en demeure de l’avocat de l’élève, il était spécifié qu’il y avait des élèves qui étaient prêts à témoigner que je n’avais jamais parlé en classe des mesures de sécurité à appliquer lors de l’utilisation des machines. Il est bien vrai que les paroles passent et les écrits restent. Souvent, les gens me reprochent du fait que mes outils didactiques demandent trop de spécifications, qu’il y ait trop de paperasse, que ce n’est pas nécessaire de structurer autant. Vous savez maintenant d’où vient cette habitude.

Je ne souhaite à personne que l’un de ses élèves se blesse durant ses cours. Je souhaite encore moins que le professeur soit perçu comme le responsable de cette situation. Même s’il est convaincu du contraire.

La leçon que j’ai tirée de cette situation, même si je n’étais pas responsable, était de faire en sorte de diminuer au maximum le risque que cela puisse se reproduire. C’est à ce moment que je me suis dit que plus jamais l’un de mes élèves ne serait en situation de réaliser des activités qui vont au-delà de sa capacité à gérer la situation où elle se déroule. S’il se produisait un accident, il en serait pleinement responsable. L’itinéraire des apprentissages et les fiches de travail, que j’ai mis en place alors m’assuraient que mes élèves n’iraient jamais plus loin que ce qu’ils seraient en mesure de faire et seraient informer, explicitement, du contextes de réalisation, des consignes et directives, des contraintes, de la finalité et des savoirs nécessaires pour réaliser les tâches demandées.

La séquence des activités prenait surtout en compte l’individu, avec ses acquis, ses gestes et la complexité de la tâche à faire selon un contexte, plutôt que la machine, l’individu et la tâche. L’erreur pédagogique que j’avais faite était de penser qu’utiliser une machine, qui fait la majeure partie du travail, donnait l’illusion que la personne avait un rôle secondaire à jouer. L’apprentissage en formation professionnelle, vu sous l’angle où l’individu est au service de la machine, fait en sorte que cette dernière va finir par le diminuer, physiquement ou psychologiquement.

Je pars en vacances. Bonnes vacances à tous. La suite à mon retour dans deux semaines : 4. Conscience et intelligence.

Older Entries

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 675 autres abonnés