Ma première journée (suite) « La classe et les élèves »

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Je place les tables de la classe en forme de U pour que tous soient au premier rang et pour éviter que cela ressemble trop à une classe de l’école traditionnelle. Les adultes que j’avais dans mon cours avaient été sélectionnés par un autre organisme. L’objectif de cet organisme était de faire en sorte que la formation favorise l’insertion au travail. Cela avait comme conséquence que le lien entre les élèves était le fait d’avoir de la difficulté à se trouver un emploi et non le goût nécessairement de faire de l’ébénisterie. C’était un cours qui se donnait au bon moment pour eux pour recevoir ou continuer à recevoir des prestations. Si en plus, le cours était intéressant, tant mieux dans la mesure ou le prof ne serait pas trop exigeant.

Lorsqu’ils se sont présentés en classe, j’ai constaté l’hétérogénéité des élèves. L’écart en âge entre le plus jeune et le plus vieux était d’une quarantaine d’années. Il y avait trois femmes et douze hommes. Après les présentations, je me rends compte qu’ils ont tous la même opinion de l’école,  » c’est plate, c’est long, on n’apprend rien et on va échouer ! »

Pour une bonne partie des participants, l’école avait été synonyme d’échec. Je parlerai dans une autre chronique des caractéristiques des élèves et de l’importance de les considérer.

Mon groupe d’élèves était composé d’un retraité, de deux détenus, d’un jeune garçon qui venait de quitter l’école et de son père, d’un couple, de trois en désintoxication, d’un menuisier, d’un entrepreneur, d’un maçon, d’un artiste et d’une personne handicapée (dystrophie musculaire).

Une première habitude à prendre c’est de prendre les présences chaque matin. C’était une règle stricte à laquelle  le directeur avait insisté, car l’organisme qui commanditait la formation donnait les prestations aux participants selon leur présence au cours. Si l’élève était absent, il n’était pas payé.

Cela semble simple et clair au départ et on ne saurait pas imaginer que cela puisse créer des problèmes. Peu de temps après les premiers jours, j’ai été averti par deux de mes élèves que si jamais je les mettais absent, j’allais avoir de graves problèmes. C’est délicat d’avoir le pouvoir de jouer avec le pain et le beurre de personnes. Cela m’a aidé plus tard à comprendre le lien qu’il y avait entre les parties du cerveau. Au moment où j’essaie d’activer, comme enseignant, le cortex de mes élèves plusieurs d’entre eux sont en état de survies, ce qui fait en sorte qu’ils gèrent les situations à partir de leur reptilien et de leur limbique plus qu’à partir du raisonnement que  leur procure le cortex.

Comprenez bien que cela ne fût pas ma compréhension du moment. Ce n’est que bien plus tard que j’ai fait ce lien. Sur le moment, moi aussi j’étais plus reptilien que cortical. D’ailleurs, ma pression en témoignait. Non seulement je devais gérer le stress d’essayer de faire une profession que je ne connaissais pas, je devais gérer les intimidations de la part de mes élèves. Je vous rappelle que j’étais le plus jeune et le plus petit de la classe et j’étais le prof. Je me remémorais une maxime de mon oncle ; « Ce n’est pas parce que nous sommes plus forts qu’un cheval que l’on peut le dompter, mais c’est parce que nous sommes plus intelligents que lui !

Après les présentations, les tâches administratives et le jaugeage de la situation, je me suis senti comme le capitaine Kirk dans StarTrek. J’étais en train d’explorer des mondes nouveaux et étranges, de découvrir de nouvelles formes de vie et je m’aventurais dans les recoins les plus éloignés de la galaxie. C’était parti !

J’anticipais que ma journée se passerait en échanges et en discussions sur l’ébénisterie. Les échanges seraient conviviaux de part et d’autre. Malheureusement, les élèves étaient en mode attente. Je parlais et il ne se passait rien, pas de réaction et pas de question, que des yeux qui me disaient  » de quoi y parle? « .

À suivre …

Ma première journée ( L’immersion )

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C’était un lundi matin d’octobre. Je me dirigeais vers le CFP (centre de formation professionnelle) qui appartenait à la CFP (commission de la formation professionnelle) où le MEQ (ministère de l’Éducation), par l’intermédiaire du service de l’éducation aux adultes de la commission scolaire, avait la responsabilité de la formation commandée par le ministère du Travail pour répondre aux besoins de la main-d’oeuvre.

Je n’ai pas compris cela tout de suite, mais après un certain temps ce fût nécessaire pour être en mesure de situer la source de certains problèmes et de trouver des solutions. La sélection des élèves, l’absence de programme en bonne et due forme, l’inadéquation des espaces et des équipements, l’évaluation des apprentissages, l’assiduité des élèves et les budgets représentaient quelques éléments que j’ai dû gérer, car elles avaient des incidences directes sur mes tâches d’enseignant. Mais je ne le savais pas encore.

J’avais un directeur très gentil dont la règle était  » Pas de nouvelle, bonne nouvelle « . Cela voulait dire que si je ne lui parlais jamais de mes problèmes j’étais un bon enseignant. À l’inverse, si je ne l’écoutais pas me parler de ses problèmes, j’aurais des problèmes.

J’arrive donc au CFP pour prendre possession de ma classe et de mon atelier. La classe est conventionnelle avec ses tables et ses chaises, son tableau vert, son rétroprojecteur, qui était une innovation technologique à l’époque, et mon bureau de prof. La classe est située en surplomb par rapport à l’atelier.

L’atelier avait un lien avec l’ébénisterie que par l’odeur du bois. Les équipements tenaient plus du bricolage que d’un atelier professionnel. Cela prendra quatre ans avant que cet atelier soit équipé convenablement. Les établis étaient en nombre suffisant, mais ils étaient plus en lien avec un atelier d’électricité. Il n’y avait pas de salle de finition, ni de bois d’ailleurs pour commencer le travail. Je ne savais pas qu’en plus d’enseigner je devais faire les achats, aménager l’atelier, entretenir les outils, installer les équipements, finalement être comme le propriétaire d’un atelier d’ébénisterie. De toute évidence, ce n’était pas aujourd’hui que nous allions travailler à faire des meubles. Tout allait se passer en classe.

Le directeur me fait les salutations d’usage et me présente à la secrétaire. Je me suis rendu compte qu’il y a toujours une personne dans une école, une secrétaire en général, qui est l’âme, le cerveau, l’organisatrice et le cœur de cette école. Dans mon cas ce fut Manon. Je vais vous en parler à plusieurs reprises, car c’est un personnage incontournable. Je suis certain que tout prof dans un centre de formation connaît une Manon qui l’aide à résoudre tous ses problèmes. Elle devient son âme sœur professionnelle pour ne pas dire sa seule bouée de sauvetage qui va l’aider à ne pas se noyer. Je pense que plusieurs profs qui ne survivent pas à leur premier moment d’enseignement n’ont pas pu rencontrer leur Manon.

À suivre …

Un petit jeu pour comprendre les tâches d’un enseignant

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Séquences d’ens

Enseigner est une profession complexe quand cette dernière a pour objectif de faire apprendre et faire développer une compétence professionnelle.

Je vous offre ce petit jeu. Les cartes représentent les différentes tâches clés d’un enseignant. Ces tâches couvrent l’ensemble de sa fonction. Il va de soi que ces tâches, pour être réalisées, font appel à une variété de pratiques qui font en sorte que l’enseignant compétent s’adapte à la situation d’enseignement. Ces tâches s’appliquent, peu importe le type de formation. Si vous êtes formateur, enseignant, moniteur ou autres. Que vous offriez des formations de trois heures, trois jours, trois semaines, de trois mois ou plus, vous avez les mêmes tâches à réaliser. La prise en compte et la capacité de gérer ces tâches et de prendre les bonnes décisions font la différence entre l’amateur et le professionnel.

Je vous indiquerai l’ordre que je propose dans une communication subséquente.

Amusez-vous bien !

Sortir de sa zone de confort

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Je vous présente ici la projection des documents que j’ai réalisés lors d’une conférence à un groupe de professeurs. La thématique de la journée d’étude était de sortir de sa zone de confort. J’en ai profité pour faire les liens entre le fait de faire apprendre, c’est-à-dire faire sortir l’apprenant de sa zone de confort, et les actions de l’enseignant qui doit sortir de sa zone de confort pour adapter ses cours aux caractéristiques des apprenants, de l’objet d’apprentissage et des intentions de la formation. Lorsque j’affirme qu’un cours doit être pensé pour les apprenants qui le suivent et non pour le professeur qui le donne, cela oblige nécessairement le professeur à sortir de sa zone de confort. Mais pourquoi le ferait-il ?

Éléments à risque de perturbation du processus d’apprentissage

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Je suis à construire un outil didactique qui permettra d’interagir avec un enseignant ou un formateur en formation pour l’amener à se construire une représentation fonctionnelle des situations d’enseignement qu’il aura à gérer. J’ai identifié cinq composantes à considérer pour être en mesure d’agir. L’apprenant, l’objet d’apprentissage, la finalité de la formation, l’intention de la formation et le lieu constituent ces cinq éléments. L’élément le plus dynamique à gérer dans une situation d’enseignement ce sont les caractéristiques des apprenants. Pour organiser une formation, il faut être en mesure de réfléchir sur les mesures d’atténuation à mettre en place de façon préventive pour diminuer les risques de perturbation des apprentissages.

J’ai élaboré un petit jeu de cartes où l’enseignant peut choisir les caractéristiques des apprenants qu’il désire considérer et par la suite il s’agira d’élaborer les moyens ou des stratégies pour atténuer les effets de ces caractéristiques. Cette liste de caractéristiques n’est pas exhaustive, mais elle représente ce que j’ai pu recueillir jusqu’à maintenant sur les éléments qui pouvaient venir perturber le fonctionnement d’une formation si nous ne les considérions pas.

Les caractéristiques de l’apprenant

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Le premier élément à considérer lorsque je désire planifier et organiser une formation c’est la personne qui suivra la formation. Comme je le dis toujours, une formation n’est pas faite pour celui qui la donne, mais pour celui ou celle qui la suit. À cet égard, il faut être en mesure, lors d’une stratégie porteuse, de tenir compte des caractéristiques des apprenants pour être en mesure d’en rejoindre le plus grand nombre possible. Il ne faut pas aborder les caractéristiques des apprenants, comme c’est trop souvent le cas, comme des problèmes ou des troubles par rapport aux apprentissages que j’organise comme formateur. Les problèmes que vit l’apprenant, lors de ses apprentissages, sont souvent dus à des troubles d’enseignement. Je m’inspire de Giordan pour identifier quatre troubles d’enseignement qui font obstacles, le plus souvent, aux apprentissages des apprenants.

1. L’enseignant ne présente pas toutes les informations qui sont nécessaires pour que l’apprenant puisse se représenter les informations.

2. L’enseignant de présente pas les informations de façon motivante pour l’apprenant.

3. L’enseignant ne tient pas compte du niveau de connaissances des apprenants, ce qui fait que les informations présentées ne sont pas accessibles.

4. L’enseignant ne tient pas compte que l’apprenant n’a peut-être pas les préalables nécessaires à la compréhension des informations.

J’ai fait un premier jet de ce que l’on pourrait considérer comme étant des caractéristiques des apprenants que je devrais considérer lors de l’élaboration de mes stratégies d’enseignement.

Je reviendrai prochainement avec des façons de considérer ces caractéristiques de manière didactique.

Vous devez penser autrement!

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Faire apprendre a toujours été une tâche complexe. Il allait de soit qu’anciennement les pratiques étaient basées sur des croyances plutôt que sur des connaissances scientifiques. Même aujourd’hui, où la science a fait augmenter de façon très importante l’éducation, les croyances sont encore tenaces. Des croyances, par exemple, qui portent à croire qu’un élève docile est un bon élève, que la discipline est garante du respect, qu’il est nécessaire que le professeur énonce les savoirs pour qu’ils puissent être appris, qu’un élève qui écoute est en train d’apprendre, que les notes sont nécessaires pour motiver les élèves, que sans les notes il n’est plus possible de contrôler la classe, que les professeurs sévères sont les meilleurs, etc. À une certaine époque pour réaliser la fonction d’enseignant ou de formateur il fallait surtout avoir une bonne morale, un peu de talent, de l’endurance, de l’autorité et quelques connaissances sur la matière à enseigner.

Je désire, cette année, continuer à faire avancer concrètement les pratiques d’enseignement favorables au développement des compétences. Ma démarche va faire en sorte de proposer de nouvelles pratiques qui j’espère seront devenir novatrices. Nous allons ensemble penser autrement. Au lieu de partir des problèmes à résoudre, je vous propose de faire en sorte d’éviter de vivre les problèmes. Lorsque je demande à mes étudiants de m’exprimer des problèmes qu’ils vivent lorsqu’ils donnent des cours, je me rends compte que ce sont généralement toujours les mêmes problèmes qui reviennent. Pourquoi il faut attendre que le problème se présente pour le résoudre ? Étant donné que nous connaissons les problèmes, il s’agit de faire en sorte de ne pas les revivre perpétuellement.

Je désire traiter de deux volets avec un regard différent. Le premier volet consiste à aborder de façon préventive la résolution de problèmes associée à l’enseignement. Le deuxième volet touchera la didactique ayant pour finalité de résoudre des problèmes vécus par les apprenants pour ainsi faciliter l’apprentissage.

Je débuterai mes réflexions par le volet de l’enseignement. Vous constaterez que j’aborde l’enseignement par six angles différents, figure suivante, à ce que nous sommes habitués de lire dans des textes sur la gestion de classe et l’enseignement. Je traite de l’enseignement comme tout ce que l’enseignant met en place pour favoriser ses relations avec les apprenants et les relations de l’apprenant avec lui. Ce volet me semble à la base du déroulement serein d’un milieu d’apprentissage. Par la suite je traiterai, avec le volet didactique, des ressources, instruments et environnements à concevoir, fabriquer et mettre en place pour faciliter les apprentissages des apprenants.

Je vais vous proposer, dans mes articles à venir, ma représentation des concepts associés aux questions que je me pose et aux solutions que je propose. Six questions seront à l’origine de mes réflexions :

À partir de la relation d’enseignement :

1. Comment amener les apprenants à fournir les efforts nécessaires aux apprentissages?

2. Comment adapter le rythme d’apprentissage des apprenants au cheminement de la formation?

3. Comment donner accès, aux apprenants, au langage et à la culture professionnels?

4. Comment disposer et faire adhérer les apprenants au processus et à la finalité de la formation?

5. Comment favoriser la réussite des objectifs, des intentions et du but du programme?

6. Comment exploiter les différents styles d’apprentissage des apprenants?

Je vous invite à échanger et à proposer des problèmes qui relèvent de la relation d’enseignement pour qu’ensemble nous puissions mettre en place une communauté de pratiques novatrices en enseignement professionnel.


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