Vision 2012 en formation professionnelle

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Lancée dans les années 80, la réforme de la formation professionnelle basée sur l’ingénierie de l’approche par compétences est une réalisation qui a répondu largement aux attentes des entreprises québécoises tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Le personnel des centres de formation professionnelle et des commissions scolaires s’est mobilisé dans la concrétisation des orientations du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport afin de valoriser ce parcours de formation auprès des jeunes et de leurs parents, des adultes et de leurs partenaires du marché du travail.

Vingt-cinq ans plus tard, nous avons voulu identifier les défis pour l’avenir et les actions à entreprendre collectivement, en tant qu’intervenants et chercheurs, pour accompagner plus efficacement les acteurs des milieux afin de les outiller pour faire face aux besoins présents et à venir des apprenants, des milieux de formation et du marché du travail.

Dans le cadre du 25e anniversaire de la réforme en formation professionnelle, un regroupement des principaux partenaires du secteur ont travaillé à la réalisation d’un FORUM (VISION 2012) sur la pédagogie en formation professionnelle.

Ce regroupement désirait souligner les acquis, les enjeux et les perspectives de développement de la pédagogie en formation professionnelle des 25 dernières années avec un regard sur l’avenir.

Au cours des mois précédant cet événement, un sondage a été diffusé afin d’obtenir l’opinion des acteurs de cette réforme sur divers sujets touchant la formation professionnelle. Les résultats de cette consultation ont servi d’assise aux échanges de la journée.

Le FORUM (VISION 2012) a permis aux participants de faire le point sur les acquis des 25 dernières années en formation professionnelle et d’échanger sur les enjeux, les orientations et les actions qui permettront de relever les défis des prochaines années, et ce, afin de favoriser le développement de la formation professionnelle au Québec. Pour alimenter la réflexion, des conférenciers, des panélistes et des intervenants reconnus dans le milieu ont participé à cette journée d’échanges.

La supervision de la qualité de la formation

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Je conçois la supervision de la qualité de la formation à partir de sept principes :

1. Toute formation a pour fonction de faire changer les participants.

2. L’objet de la formation doit correspondre exclusivement aux buts, aux attentes et aux objectifs de la formation.

3. Les participants à la formation sont les premiers acteurs de leurs apprentissages.

4. Le formateur a pour rôle de planifier la formation et d’accompagner les participants dans la réalisation de leurs apprentissages.

5. L’utilisation de ressources est nécessaire pour que les participants puissent réaliser les apprentissages visés.

6. Une gestion réaliste du temps assure l’atteinte des objectifs.

7. Toute formation doit être porteuse d’une stratégie didactique qui en lie les parties et qui est adaptée à l’objet à faire apprendre ainsi qu’aux participants qui doivent l’apprendre.

Ces principes aideront les responsables d’une formation à établir le cadre de ce qu’ils devraient considérer comme essentiel dans une offre de service de formation. Que ce soit de choisir une offre de formation ou de répondre à un besoin de formation, les qualités recherchées sont les mêmes. Il n’y a pas de formation parfaite, mais on doit tendre vers l’amélioration pour augmenter l’efficacité d’une activité qui, somme toute, génère des coûts importants et qui est porteuse d’attentes souvent non satisfaites. La grille d’évaluation présentée se préoccupent plus du processus qui amène au résultat attendu que de la mesure du résultat. Généralement, on contrôle la qualité de la formation grâce à l’évaluation du programme ou des apprentissages croyant que cela va faire changer les pratiques. Mon approche est de proposer des pratiques qui permettront d’atteindre, petit à petit, le résultat attendu.

Avez-vous un truc ?

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Cette demande m’est faite régulièrement. Elle fait partie d’un mythe qui  porte à croire qu’il y a une façon de faire idéale qui permet à un professeur de faire face à un problème de façon magique. Selon mon expérience, il n’y a pas de truc en enseignement. Il y a des moments où une façon de faire nous a permis de nous en sortir honorablement à un moment donné. Malheureusement cette façon de faire fonctionnement rarement dans plusieurs circonstances.

Il ne faut pas prendre l’habitude de prendre des raccourcis en éducation, même en formation professionnelle. Les étudiants ne sont pas en formation professionnelle pour apprendre les trucs du prof. À la vitesse où évolue les métiers et les professions, ce serait rendre un très mauvais service aux étudiants que de leur faire apprendre les trucs du métier au détriment de la réflexion, de l’analyse et de l’évaluation de situations de travail pour y adapter les pratique requises.

Je viens de produire un document de références pour les formateurs en entreprises qui s’adresse également aux enseignants qui débutent dans le métier. Cela fait vingt ans que je tente de développer un document de références pour aider à comprendre la complexité associée à la responsabilité de faire apprendre. C’est un peu comme écrire un livre de lecture pour analphabète. Ce document de plus de trois cents pages ne contient aucun truc. Il présente des outils pour comprendre et planifier des formations dont l’objectif est de faire apprendre un contenu à des personnes par l’intermédiaire d’un formateur.

Il y a des trucs seulement pour ceux qui ne savent pas, pour leur éviter de savoir, car ils ne veulent pas savoir. Les ignorants cherchent les trucs et la vérité. La vérité se traduit par les bonnes réponses qu’il faut avoir et les trucs pour éviter de faire l’effort de comprendre et ainsi d’apprendre. Un truc est une chose destinée à trompe les observateurs. Malheureusement, en éducation le truc ne trompe que celui qui s’en sert, les élèves ne sont pas dupes. À tout le moins, le processus d’apprentissage ne peut être dupé.

Malgré tout, lorsque je tente de donner des trucs, les personnes à qui j’en parle ne veulent pas les mettre en application. Un premier truc que je donne aux formateurs et enseignants est que pour augmenter les apprentissages des apprenants il faut que le professeur parle moins. Ils se demandent alors comment ils vont faire pour faire apprendre les notions aux élèves s’ils ne le disent  pas.

Un deuxième truc que je tente de donner est de se servir des connaissances des élèves. Ne donner que 20% des savoirs, 80%des savoirs est déjà dans la classe. Il s’agit de les faire émerger et après de les valider, de les compléter, de les infirmer ou d’en ajouter. Là encore, je rencontre beaucoup de sceptiques.

Un troisième truc est de placer les apprenants en action. Au lieu d’organiser un cours autour des notions à faire apprendre, il faut organiser le cours autour des actions à faire réaliser. Placer les apprenants à plus de 60% du temps en action dans un cours. Les formateurs et professeurs me disent qu’ils n’auront plus le temps pour donner leur cours.

Un quatrième truc est d’établir les stratégies de formation autour des caractéristiques des apprenants au lieu de ceux de l’enseignant ou du formateur. C’est ce que l’on appelle l’enseignement différentié. Là encore, on me dit que c’est impossible de s’attarder aux difficultés de chacun et il faut que le prof donne sa matière, c’est à l’élève à s’adapter.

Un cinquième et dernier truc est de se concentrer sur les savoir-être à faire développer. Les savoirs et savoir-faire sont aux services des savoir-être que l’apprenant doit manifester lors de la réalisation de ses tâches en adaptant ses pratiques de travail aux situations et circonstances qu’il rencontrera. Là encore, j’ai un accusé de non-recevoir. Le formateur donne la matière, les élèves écoutent et apprendront plus tard à quoi ça sert dans la vraie vie.

Voilà, ce sont les seuls trucs que je peux donner après trente ans en éducation. Il faut croire que je suis dépassé dans un monde où tout doit être efficace et éphémère et où l’on décide à l’avance de la péremption d’un produit au moment même où il est créé.

J’ai donc décidé de ne pas donner de formation sur mon document de références pour les formateurs et enseignants. J’ai décidé que la formation ne porterait pas sur le document comme tel, car les gens ne comprennent pas à quoi servent les informations qu’il contient. J’ai organisé la formation sur la découverte, par les participants, de ce qu’ils font en formation et des problèmes qui en découlent. C’est seulement après avoir découvert les problèmes qu’ils vivent qu’ils peuvent se rendre compte de la pertinence de ma trousse d’aide à la formation. Ils ont donc découvert leur ignorance pour ainsi avoir accès aux savoirs.

C’est un bon truc, hein !