Je pensais qu’ils seraient mes amis : 3. Allo la police !

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J’arrivais à l’école vers 8 h le matin. Les cours débutaient à 9 heures. Le magasinier est venu me voir pour m’indiquer qu’un élève était entré dans l’atelier à 7 h et était ressorti avec un gallon de colle et il s’était rendu dans son auto. Je suis allé voir avec le magasinier si nous pouvions repérer le récipient de colle par la fenêtre de son auto. Effectivement, le gallon était sur son siège arrière. Je suis allé avertir la direction et j’ai expliqué ce qui s’était passé.

Le directeur a convoqué l’élève dans son bureau pour lui demander des explications, ce dernier lui a dit qu’il m’avait demandé s’il pouvait prendre le restant de la colle pour son usage personnel et que j’avais accepté.

La direction m’a fait venir pour me demander si c’était le cas. Je connaissais très bien cet élève, nous savions, le directeur et moi, qu’il était à l’origine des troubles en classe. Vous compreniez bien que je n’étais pas enclin à lui faire des cadeaux. En plus, il affirme devant moi que c’était le matin même à 6h30 qu’il m’avait demandé cela.

Il avait un ton tellement sincère que je me suis mis à douter de moi un instant. Cela n’avait aucun sens, je serais venu à 6h30 le matin rencontrer le dernier élève que je désirais rencontrer, pour lui faire un cadeau, c’était absurde. La rencontre s’est terminée par une suspension d’une semaine de l’élève. Mais tout ne s’arrêta pas là.

Au début de l’après-midi, l’élève arrive à l’école avec deux policiers. Il demande de rencontrer le directeur avec moi. Il nous informe qu’il avait demandé aux policiers de l’accompagner, car il avait peur de nous. Il était venu nous rapporter quatre chaises qu’il avait «empruntées» dans la réserve où les élèves déposaient leurs projets qui étaient terminés. La situation était irréaliste, les policiers accompagnent un voleur pour le protéger de ceux qu’il a volés.

C’était la fin pour cet élève. Il a été renvoyé de l’école. Nous n’avons pas porté plainte pour le vol, mais nous avons porté plainte au chef des policiers pour le rôle inconsidéré des policiers dans cette affaire. Ils ont été suspendus pour trois semaines pour manque de jugement.

Je n’ai jamais revu l’étudiant en question. Je n’ai jamais su pourquoi un si bon manipulateur avait fait une gaffe aussi stupide. Cela demeurera toujours un mystère pour moi.

L’absence de cet élève du groupe d’élève a été très bénéfique. Les élèves eux-mêmes étaient heureux. Ils m’ont informé, par la suite, l’élève en question les intimidait et qu’ils en avaient peur, pourtant c’était tous des adultes. J’en ai profité pour reprendre le contrôle de ma classe. Mes élèves n’étaient plus mes amis. Mon rôle n’était pas de les aimer, mais de leur faire apprendre un métier. Vous me direz que l’un ne va pas sans l’autre, je vous dirais que les élèves adultes ont surtout besoin d’un enseignant ou d’un formateur qui a du leadership et que ce dernier manifeste du respect envers ses élèves.

À suivre : 4. Le respect à la place de l’amitié.

Je pensais qu’ils seraient mes amis : 2. Dehors l’incompétent !

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Étant donné qu’ils étaient des adultes, la formation était payée pas le Ministère du Travail et s’ils étaient en échec, ils seraient renvoyés du cours et perdraient ainsi leur prestation de formation. Je venais jouer dans le pain et le beurre de mes élèves. J’étais définitivement dans une zone dangereuse et je faisais face à l’agressivité du trois quarts de ma classe.

Cette agressivité ne s’est pas manifestée directement et immédiatement, cela a été beaucoup plus subtil. Cela a pris trois semaines pour que la contestation de mes élèves se concrétise sous la forme d’une missive du ministère de l’Éducation à ma direction d’école. L’auteur de la lettre spécifiait à ma direction qu’étant donné les déclarations signées des plaignants, mes élèves, il serait indiqué de remercier de ses services un enseignant aussi incompétent.

Je n’avais pas été convoqué par cette personne pour donner ma version des faits. J’avais été jugé et condamné. Mais ce n’était pas le Ministère qui avait un droit de regard sur mon embauche, heureusement, c’était la commission scolaire.

La direction de mon école connaissait mes façons de faire et c’est en partie pour cela que j’avais été engagé, pour mettre de l’ordre dans ce cours. Le directeur refusa de suivre les recommandations de ministère et me confirma dans mes fonctions malgré que les élèves avaient manifesté leurs désaccords par une manifestation avec pancartes et grève.

J’avais gagné mon point, mais il fallait que je fasse face à mes élèves pour continuer à donner mon cours. Les leaders de la manifestation ne correspondaient pas au profil des élèves contestataires. Comment était-il possible que des élèves sans histoire et collaboratifs devenaient du jour au lendemain des activistes d’une cause qu’ils n’avaient jamais revendiquée. Il était clair qu’il y avait un manipulateur ou une manipulatrice derrière leurs prises de position.

Effectivement, cela a pris un mois pour découvrir les vrais acteurs de ce putsch. La manière dont s’est déroulée la conclusion de cette histoire ressemble à la manière dont Al Capone s’est fait prendre. Ce dernier s’est fait prendre par son impôt. Ce qui avait été sa perte n’avait  aucun rapport  avec ses fautes alléguées.

De la même manière, l’élève qui était en faute, qui avait monté la classe et qui se servait des autres pour faire du trouble, c’est fait prendre à voler le fond d’un gallon de colle à 7 heure le matin. Nous avions identifié depuis un certain temps quel élève avait initié les troubles en classe, mais nous n’avions pas de preuve. C’est ce dernier qui nous a fourni la cause de sa perte.

À suivre … 3. Allo la police!

Je pensais qu’ils seraient mes amis :1. Il était une fois …

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 Il était une foi, un de mes élèves qui avait décidé de prendre le contrôle de mon cours. Comme j’ai déjà indiqué antérieurement, ma perception de mes élèves était qu’ils pouvaient être mes amis. Je faisais mes pauses avec eux ainsi que mes dîners. C’était très sympathique, au début.

Un moment arrive où il faut répondre à des obligations qui ne font pas l’affaire de tous. Au cours des trois à quatre premières semaines tout s’est bien passé. À un moment donné, certains se sont mis à arriver en retard, d’autres ne réalisaient pas les travaux demandés, certains ne respectaient pas les consignes et directives. Lorsque j’ai commencé à intervenir et à faire des remontrances, le trouble à commencer, mais pas des personnes que je pensais.

Certains élèves sont des spécialistes de la manipulation. J’étais loin de penser que des personnes pouvaient être aussi machiavéliques. À mes débuts, je l’avoue, j’étais un peu naïf et idéaliste. Je pensais que si j’étais gentil et amical avec mes élèves, ils me le rendraient et nous serions tous heureux. Aujourd’hui, je suis moins naïf, mais je demeure idéaliste. Je dirais que je suis maintenant un idéaliste pragmatique. Les enfants ne viennent pas au monde dans des choux et les élèves ne vont pas apprendre parce qu’on le demande gentiment de le faire. Dans un cas comme dans l’autre, c’est un peu plus compliqué et il faut changer le contexte.

La goutte qui a fait déborder le vase a été au moment de la remise des premiers résultats d’un examen. Comme dans tous résultats, ils y en avaient des bons, des meilleurs et des mauvais. Dans le fond, les seuls qui étaient satisfaits étaient les meilleurs, les autres n’acceptaient pas d’avoir de moins bonnes notes. Pour plusieurs, la contestation reposait sur le fait qu’ils avaient la bonne réponse, c’était la question qui était mauvaise. Finalement, si des élèves étaient en échec ou avaient réussi moins bien c’étaient de ma faute. Étant donné que c’était de ma faute, ce n’était pas à eux de payer pour mes erreurs.

Après de longues discussions stériles, j’ai perdu l’amitié du trois quarts de la classe. J’étais le méchant qui avait osé porter un jugement sur ce qu’ils étaient. Qui étais-je pour les juger? Un ami ne fait pas cela.

Il aurait fallu que je sois complaisant à leurs situations. Non seulement je n’avais pas voulu être complaisant, j’avais ajouté à leurs problèmes. J’étais devenu la cause la plus accessible de leurs problèmes.

À suivre : 2. Dehors l’incompétent!

Il y en a qui ne sont pas fait pour ce métier : 5. On fait quoi maintenant?

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À la suite de ce blocage, j’ai rencontré l’élève pour discuter avec lui de la suite des choses. Il m’a demandé de le laisser continuer malgré son échec, ce que j’ai refusé. Les règles étaient claires pour tous. Par souci d’équité, je ne pouvais faire un passe-droit. L’idée n’était pas de s’acharner pour que l’élève poursuive sa formation, il fallait comprendre ce qui ne marchait pas.

La classe comporte quinze élèves. Chacun observe ce qui se passe pour détecter les injustices potentielles. Lorsque les élèves se voient contraints de respecter des exigences et des consignes, ils vont se référer au plus petit dénominateur commun. Je veux dire par cela que ce que vous allez tolérer chez un élève sera vu par les autres comme une nouvelle condition acceptable. Vous tolérez qu’un élève arrive à une heure différente en classe, tous les autres vont arriver à cette heure dans un délai assez court.

Je lui ai demandé ce qu’il l’avait motivé à s’inscrire à un cours d’ébénisterie. Il m’a répondu qu’il s’était inscrit à ce cours, car la date du cours tombait bien et que la durée lui  permettait de patienter avant de s’inscrire au cours qu’il désirait vraiment. Il m’a informé que son vrai but était de suivre un cours comme moniteur de cerfs-volants. Son père fabriquait des cerfs-volants et il désirait former ceux qui voulaient les utiliser.

En ce qui me concernait comme enseignant mon rôle s’arrêtait là. Je l’ai dirigé vers un conseiller en orientation pour suivre des tests d’aptitudes et l’aider à préciser ses choix. Dans son cas, ce n’était pas qu’il n’avait pas le corps de l’emploi, il n’avait pas la tête à l’emploi. Je lui ai tout de même permis de se rendre au bout de ce qu’il pouvait faire dans les limites de la profession à apprendre, de sa santé et de sa sécurité ainsi que celle des autres.

La suite : Je pensais qu’ils seraient mes amis.

À vous de jouer !

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Suite à ma maladie, j’ai dû suspendre la publication de la revue de mon centre de recherche. Le centre CRAIE célèbre cette année ses 25 ans d’existence. Ma survie va de pair avec celle de mon centre et de ma revue. Étant donné que je vais mieux, il faut que je m’occupe de mes créations.  À ce titre, ma revue était complétée à 80%. Il en manque une partie. Je vous invite donc à y contribuer si le coeur vous en dit. La thématique de cette publication est «25 ans à penser autrement».

Si vous avez l’esprit innovateur, vous pourriez me proposer un article sur des pratiques de formation en enseignement professionnel que vous trouvez originales, intéressantes pour les enseignants et les apprenants et performantes au niveau des apprentissages. Ces pratiques peuvent être en lien avec une ressource technologique, une façon de faire, un outil pratique de gestion de classe ou idéalement une façon de s’y prendre pour faire apprendre une notion difficile par les élèves.

Je laisse cours à votre imagination. Selon le nombre de propositions reçues, celles sélectionnées seront publiées dans ce numéro ou dans un autre ultérieurement. Je suis conscient d’avoir beaucoup donné sur mon blogue. Je vais continuer, j’espère, encore de nombreuses années. À vous de m’encourager en me proposant vos idées.

Merci à l’avance.

En récompense vous recevrez une copie papier de la revue.

Les consignes de rédaction sont les suivantes :

  • Texte en format .doc
  • Police de caractères en Times 12
  • Longueur du texte 1 500 mots
  • Illustration en format .jpg

À vos crayons!

Écrivez!

Il y en a qui ne sont pas fait pour ce métier : 4. 15 – 1 = 14 ou 1 – 15 = – 14

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Je ne voulais pas agir autrement avec lui qu’avec les autres. Ma stratégie était qu’il se rende compte par lui-même de la situation. J’ai toujours été convaincu que l’on ne devait jamais laisser un élève aller plus loin que ce qu’il était capable de faire. Dans ce sens, j’avais conçu un itinéraire des apprentissages dont les trois premières parties consistaient à maîtriser l’outillage manuel, électrique et les machines à bois. Ces trois éléments étaient la source de tous les dangers de blessure pour l’élève. La maîtrise de ces outils et machines assurait par la suite un travail sécuritaire et efficace.

Heureusement, pour lui, mon élève n’a pu se qualifier à l’utilisation des machines à bois. Il avait déjà pris deux fois le temps nécessaire pour les premiers apprentissages de l’itinéraire. La dernière activité était d’ajuster les couteaux de la dégauchisseuse. Cette activité devait durée quarante-cinq minutes, après trois jours il a déclaré forfait. Il avait des pansements sur tous les doigts. Ce n’était pas de graves blessures, mais elles étaient la manifestation de sa limitation.

Cette dernière activité n’avait pas seulement un caractère technique, mais elle mettait à l’épreuve la patience, la persévérance, la minutie et le souci de protection de l’élève. Ce sont ces éléments que je désirais mettre à l’épreuve beaucoup plus que l’aspect technique de l’ajustement des couteaux de la machine qui était seulement un prétexte.

À suivre : On fait quoi maintenant ?

Il y en a qui ne sont pas fait pour ce métier : 3. Le moniteur de cerfs-volants

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Tous les élèves se mettent à la tâche. Je faisais le tour des établis pour observer, faire des démonstrations et conseiller les élèves. Lorsque je me présente à l’établi de cet élève, je constate qu’il est pieds nus, qu’il ne porte pas le tablier, qu’il est en bedaine, qu’il avait placé le rabot dans les mâchoires de l’étau, qu’il était à genou sur son établi et qu’il frottait sa pièce de bois sur la semelle du rabot. Je lui demande ce qu’il faisait et il me dit qu’il exécute le travail demandé.

Vous allez me dire que cette élève voulait faire le clown et ridiculiser le travail que j’avais demandé. Ce fut ma première pensée. Mais ce n’était pas le cas. Étrangement, son comportement représentait réellement la compréhension qu’il avait eu du travail à réaliser. Il n’avait pas de mauvaise volonté, il comprenait ce qu’on lui disait à travers un filtre de représentation auquel il était difficile d’avoir accès. J’ai fini par me faire comprendre par lui avec certaines limites.

Tant et aussi longtemps où les travaux se limitait aux outils manuels et au travail à l’établi les problèmes seraient limités. Ma crainte était plus grande lorsqu’il utiliserait les machines à bois. Sa manière de comprendre et ses comportements face à ce type d’outils allaient certainement provoquer des situations où il mettrait son intégrité physique et celle des autres en danger.

À suivre : 15 – 1 = 14 ou 1 – 15 = -14

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