Pourquoi se préoccuper du savoir-être ?

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Pour pouvoir construire le lien de confiance

Le savoir-être est un sujet de préoccupation de plus en plus important depuis quelque temps. Certains se disent que c’est dû au manque d’éducation de certaines personnes. D’autres diront que c’est inné, tu l’as ou tu ne l’as pas. Finalement, certains sont convaincus que la performance remplacera un savoir-être déficient.

J’espère que certains seront de mon avis et jugeront que les savoir-être sont aujourd’hui indispensables pour un plus grand nombre de fonctions de travail pour que leurs tâches soient réalisées avec compétence.

Nous sommes dans une économie de services. Les services sont généralement réalisés pour d’autres personnes. Cela a pour conséquence que les interrelations entre les personnes sont plus nombreuses. De plus, la concurrence est plus grande, ce qui fait que pour un même service ce sera les attitudes manifestées par les personnes qui seront déterminantes pour le client dans son choix.

Souvent, le savoir-être n’a pas pour but d’offrir une valeur ajoutée, mais est nécessaire à la réalisation de la tâche. Nous avons qu’à penser aux infirmières, aux enseignants, aux éducatrices, etc.

Fondamentalement, quelle est la nécessité d’avoir de l’empathie, de manifester du jugement, d’avoir le souci de la santé et de la sécurité, de manifester du respect, de s’engager dans ses tâches ou d’anticiper les conséquences de ses pratiques?

La nécessité, à mon avis, est le besoin de créer un lien de confiance. Ce lien de confiance étant nécessaire pour l’aboutissement de notre travail. Sans lien de confiance, les personnes de métier, les professionnels et les techniciens ne pourraient exercer leur profession convenablement.

On connaît tous quelqu’un avec qui on ne voudrait pas faire affaire.

Mais en quoi consiste ce lien de confiance?

 

Qu’est-ce que le savoir-être?

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Voici la première chronique sur le thème du savoir-être. Je vous avertis que je n’aborde pas le savoir-être sous l’angle de la psychologie, de la philosophie ou de la sociologie, mais sous l’angle de la didactique. Cela veut dire que je vais aborder le savoir-être comme un objet d’apprentissage et les conditions pour faire apprendre cet objet. Mes chroniques seront sous un nouveau format. Il y aura une petite introduction écrite et une présentation vidéo du thème. J’espère que ces chroniques vous seront utiles. J’ai constaté que le mot clé des savoir-être était très utilisé par ceux qui accèdent à mon blogue. Étant donné que cela fait une vingtaine d’années que je travaille sur ce thème, je crois que je pourrai vous proposer des pistes intéressantes.

Vous allez explorer de nouveaux horizons. Comme le disait si bien Einstein, « Il faut être stupide de penser qu’en faisant la même chose on arriverait à des résultats différents». Je peux vous affirmer, si vous désirez faire apprendre les savoir-être, qu’il va falloir que vous changiez vos pratiques d’enseignement. J’ai la ferme conviction que la compréhension des incidences du savoir-être sur nos pratiques d’enseignement en formation professionnelle nous oriente vers une pédagogie et une didactique du futur. Nous ne sommes plus dans l’acquisition de connaissances ou le développement d’habiletés ou de capacités, mais dans le développement de la personne. L’intégration des savoir-être dans la formation fait évoluer les apprentissages de l’avoir vers l’être.

Le milieu du travail ne cherche plus des personnes qui ont des compétences, mais des personnes qui sont compétentes. Être compétent ou avoir des compétences ? C’est toute la question. Être compétent c’est d’être en mesure d’utiliser ce que l’on a appris pour l’adapter à nos pratiques selon les circonstances d’un contexte dans une situation de travail. Vous me direz que nous sommes dans la nuance, je vous dirai que nous sommes dans l’essence de ce qu’est une compétence.

Vous pouvez constater que nous entrons dans une nouvelle façon d’aborder la formation professionnelle. Nous ne l’abordons plus par l’acquisition des savoirs, mais par l’utilisation des savoirs pour être compétent. Nous ne sommes plus dans l’acquisition, mais dans le développement et l’évolution. Je ne vous en dis pas plus pour l’instant.

Bon visionnement!

Je ne peux pas avoir vécu cela pour rien: 4. Tirer sur l’élève pour qu’il pousse mieux.

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Avec ces certitudes, il ne faut pas se poser trop de questions sur le manque de persévérance et le décrochage des élèves. Apprenons à assumer et à gérer l’incertitude. Nous ne pouvons pas être certain des résultats de ce que l’on fait. Notre certitude repose surtout sur ce qu’il ne faut pas faire. J’ai déjà traité de ce point dans un chapitre précédent, en décrivant ce qu’il faut faire pour démotiver les élèves.

Connaissez-vous la théorie du chaos? Selon moi, c’est une belle analogie de l’organisation des apprentissages. La théorie du chaos nous enseigne que ce n’est pas parce que l’on peut déterminer ce qui va se passer que l’on peut prédire à quel moment cela va se passer. La théorie du chaos présente l’idée que si nous connaissons les conditions pour arriver à un résultat déterminé, cela ne veut pas dire que l’on peut prédire le moment où il se produira.

L’exemple le plus concret est la prévision de la météo. Les météorologues sont en mesure d’expliquer tout ce qui peut arriver, mais il est très difficile de prédire, de façon précise et à long terme, ce qu’il va se produire. La raison est que tout en connaissant tous les éléments qui vont jouer un rôle dans la météo, la moindre variation de l’un de ces éléments remet en question la prévision. C’est ce que l’on appelle l’effet papillon.

TABLE ÉLÉMENTS

Après avoir constaté que le résultat de la planification d’une formation était tout aussi précis que les prévisions de la météo, je me suis amusé à imaginer l’organisation d’une formation de la même façon. J’ai fait l’inventaire d’un ensemble de variables qui pouvaient entrer en jeu dans le processus d’apprentissage d’un apprenant. J’ai organisé ces variables en douze catégories et cent trente-cinq éléments. J’ai donc fait le tableau des éléments d’une formation. Je constate effectivement que l’effet papillon joue un rôle important dans l’organisation d’une formation. La moindre variation de l’un des cent trente-cinq éléments a nécessairement une incidence sur le résultat que je peux attendre de ma stratégie. L’écart entre ce que l’on peut déterminer et ce que l’on peut prédire constitue, en ce qui me concerne, l’élément stimulant d’une formation. Cela a pour conséquence qu’il n’y en a jamais deux formations qui sont identiques, même s’ils traitent du même objet. Ce n’est pas parce que l’on ne peut prédire de façon précise qu’une situation d’apprentissage va avoir tel ou tel résultat à un moment donné, que les conditions et les éléments qui la compose ne peuvent pas être déterminés.  Justifiant ainsi le fait de la planifier et de l’organiser.

Même si la météo n’est pas certaine vous la consultez tout de même avant d’aller faire un pique-nique.

Le point central de toutes nos interventions doit être la situation d’apprentissage en évitant de nous baser sur de fausses évidences. Une situation d’apprentissage ce n’est pas un élève qui écoute son prof pendant des heures à réciter son PowerPoint. Ce n’est pas un élève qui remplit son cahier d’exercices et qui trouve les bonnes réponses. Ce n’est pas un élève qui réussit son évaluation formative. Une situation est plus grande que l’action qui s’y déroule. La situation comporte tous les éléments qui feront que l’action qui s’y déroule va y trouver son sens et sa finalité.

La situation d’apprentissage est l’endroit où convergent les actions de l’enseignant, les actions de l’apprenant et les actions à apprendre en cohérence avec la profession à exercer. Elle est porteuse de sens, de motivation, d’actions, de ressources, de défis et de savoirs. Le gestionnaire de telles situations doit considérer, à chaque foi, les caractéristiques de l’apprenant, les caractéristiques des savoirs à apprendre, les caractéristiques des actions les plus propices à l’apprentissage et la disponibilité des ressources nécessaires. Cela change chaque jour, pour chaque élève et pour chaque savoir.

Vous me direz que c’est une tâche impossible. Je vous dirai qu’il y a des gens de métier qui font cela tous les jours. Mon exemple ici n’a pas pour but de rendre trop complexe le rôle de l’enseignant, loin de moi cette idée, mais d’aider à comprendre le phénomène de gérer des situations incertaines.

Le cultivateur passe son temps à gérer des situations incertaines. Il ne peut pas tirer sur ses plantes pour qu’elles poussent. Il ne peut pas leur dire de pousser pour les stimuler. Il peut seulement agir sur les conditions et l’environnement de ses plantes pour qu’elles puissent atteindre la maturité nécessaire. À mon avis, créer l’environnement favorable aux apprentissages et surtout aux caractéristiques de ceux qui auront à apprendre, aurait plus d’effet sur l’apprentissage et par conséquent sur une réelle réussite des élèves.

De la même manière que ceux qui essaient de contrôler la nature en nous fournissant apparemment la couleur, la grosseur, la forme des légumes et des fruits que l’on recherche, cela se fait toujours au détriment de la saveur et de la qualité du produit. Si vous voulez vérifier, vous n’avez qu’à acheter des fraises en hiver. Vous allez constater que ce que vous goûtez ne ressemble pas à ce que vous voyez. L’apparence vous trompe, mais la saveur de l’été n’est pas là.

La formation professionnelle ne peut pas être qu’apparence, elle doit avoir la saveur de saison. Pour cela il faut recréer l’environnement permettant le développement réel des compétences professionnelles, non seulement l’apparence de compétence, avec un diplôme hors saison.

 

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C’est la fin pour cette série de chroniques sur les origines de mes outils didactiques.

Je vais commencer bientôt une série sur le savoir-être. Cette nouvelle série aura pour titre « De l’âge du faire, à l’âge de l’être »