L’enseignement et l’apprentissage ne sont pas toujours intrinsèquement liés. Il arrive que l’on enseigne en espérant que les élèves s’engageront activement dans leur apprentissage, mais cette approche est souvent vouée à l’échec. La menace de l’examen demeure alors le seul moteur des efforts que l’apprenant aura à investir. Si un élève n’acquiert pas la matière, il risque d’échouer l’examen. Dans cette logique, tout se concentre autour de l’examen, avec l’illusion que la réussite à cet examen équivaut à l’apprentissage, tandis que l’échec est attribué à un manque d’efforts ou à une incapacité intrinsèque.
À l’ère de l’intelligence artificielle, du numérique et du désintérêt croissant de nombreux élèves pour le système éducatif traditionnel, il est impératif de repenser nos pratiques afin de les aligner sur le véritable objectif de l’enseignement : créer les conditions propices à l’apprentissage chez les apprenants. La réussite aux examens ne constitue pas une preuve irréfutable d’apprentissage, mais si l’apprentissage est effectivement atteint, la réussite aux examens, à condition qu’ils soient cohérents avec les niveaux d’apprentissage visés, en découlera naturellement. L’enseignement ne doit pas se limiter à l’acquisition et à la mémorisation des connaissances; il est également essentiel de développer les capacités d’analyse, de synthèse et de création.
J’ai récemment conclu qu’il est impératif de considérer la manière de s’approprier la matière et la matière elle-même avec une égale importance pour un enseignement cohérent. Il n’existe aucune méthode unique capable de garantir que tous les élèves puissent apprendre les savoirs, savoir-faire et savoir-être. La compréhension des connaissances se concrétise lorsque celles-ci sont perçues comme ayant du sens, le développement des compétences se réalise lorsque les processus sont compris, et l’attitude appropriée se manifeste lorsque les circonstances, les tâches à accomplir et les résultats attendus sont judicieusement évalués.
De plus en plus, il devient évident que l’enseignement commun est susceptible d’accroître le nombre d’élèves qui seront négligés. J’ai récemment lu une métaphore pertinente comparant l’enseignement commun au transport en commun. Pour un groupe d’élèves, l’enseignement commun est analogue au transport en commun : il ne conduit jamais tous les individus exactement là où ils souhaitent se rendre. Par conséquent, plusieurs doivent fournir des efforts supplémentaires pour atteindre leur destination finale. Si cette approche peut être acceptable pour les transports en commun, elle est inacceptable pour l’apprentissage des élèves.
De nombreux individus affirment ne pas disposer du temps nécessaire pour prendre en considération les particularités de chaque élève, ce qui justifie, selon eux, l’obligation pour l’élève de s’adapter. Je ne peux souscrire à cette position. J’ai constamment insisté auprès de mes étudiants en formation en didactique sur le fait qu’un cours n’est pas conçu pour l’enseignant, mais pour les apprenants. Chaque élève est unique, possède des intérêts distincts et apprend différemment selon des conditions qui stimulent son engagement propre. Avec l’avènement de l’intelligence artificielle, qui exploitera ce volet de l’individualité, il est impératif de ne pas persévérer dans nos pratiques traditionnelles, sous peine de voir l’enseignant disparaître au profit de l’IA générative. Nous sommes des êtres humains qui enseignons à d’autres êtres humains. Il est nécessaire de dépasser le modèle du maître et de l’élève.
C’est dans cette optique que j’ai élaboré un modèle qui représente lia relation entre enseigner et apprendre telle qu’elle devrait être conçue à l’avenir. L’enseignement traditionnel est obsolète. Notre préoccupation ne devrait plus être d’enseigner les bonnes matières aux élèves, mais plutôt de leur apprendre à analyser les situations et à poser les questions pertinentes pour apprendre à leur façon. Les réponses sont déjà accessibles par le biais du numérique et de l’intelligence artificielle de manière significativement plus efficace que ce qu’un enseignant peut fournir. Faites-en l’expérience.
Un étudiant m’a fait part de sa frustration face à des réponses fournies à des questions qu’il ne s’était pas posées. Conscient de ce commentaire, j’ai changé ma façon d’organiser mes enseignements. Mon objectif, à l’avenir, est d’inciter les étudiants à s’interroger afin qu’ils recherchent et découvrent eux-mêmes les réponses avec mon accompagnement. Ce changement représente une transformation de paradigme tant pour l’enseignant que pour l’apprenant.
L’apprentissage est synonyme de recherche. C’est dans cette optique que j’ai développé mon modèle A.R.T. pour Apprentissage Raisonner du Travail. L’élément central est le raisonnement, qui consiste en une série d’opérations mentales permettant l’enchaînement logique d’idées. La formation professionnelle ne se limite pas aux habiletés motrices et perceptives, mais englobe principalement les habiletés comportementales et cognitives. Au XXIe siècle, il est impératif d’aller plus loin que l’intelligence artificielle et d’élever le niveau de compétences des apprenants. Nous ne nous concentrons plus uniquement sur le développement de compétences techniques, mais également sur des compétences stratégiques plus proches des véritables compétences professionnelles. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la durée de vie des compétences techniques est passée de dix-huit ans dans les années 1980 à seulement trois ans aujourd’hui. Il est essentiel de prendre conscience de cette réalité et d’agir en conséquence. L’apprenant que vous formez devra apprendre tout au long de sa vie pour se maintenir à jour; assurons-nous de lui enseigner comment apprendre plutôt que de lui transmettre des connaissances éphémères.
Je me réfère à mon modèle initial, conçu pour représenter les rôles, les actions, les états et les comportements requis par l’apprenant et l’enseignant afin de relever efficacement les défis contemporains. J’ai structuré mon modèle en deux hémisphères distincts : l’apprentissage et l’enseignement. Dans le contexte actuel, l’apprenant doit acquérir non seulement les connaissances disciplinaires, qui servent de prétexte, mais surtout les compétences nécessaires pour accéder à ces connaissances. À cet effet, il devra rechercher activement des informations, interagir avec diverses ressources, réaliser des projets concrets, valider les résultats de ses recherches, partager ses expériences, développer de nouvelles pratiques innovantes et s’adapter.
Pour faciliter l’apprentissage de l’apprenant, l’enseignant doit concevoir des itinéraires de projets clairs et structurés, élaborer des tâches compréhensibles, créer des situations signifiantes pour contextualiser les tâches, imaginer des problèmes stimulants à résoudre, orchestrer des expériences immersives pour susciter l’émergence de comportements appropriés et scénariser des projets collaboratifs, car l’intelligence collective est un atout majeur. Pour que cette expérience d’apprentissage soit authentique et enrichissante, il est impératif que l’enseignant, tout comme l’apprenant, incarne pleinement son rôle. L’apprenant doit être informé, communicateur, vigilant, responsable et débrouillard. L’enseignant, quant à lui, doit assumer le rôle de pilote des itinéraires qu’il propose, de guide pour accompagner l’apprenant dans son parcours, de mentor pour inspirer les principes et les valeurs de la profession qu’il souhaite transmettre, d’entraîneur pour développer l’esprit critique de l’apprenant, d’architecte de l’intérêt et de l’attention de l’apprenant et, enfin, de coach de la motivation pour soutenir ses efforts.
En somme, l’enseignant, par ses enseignements et son attitude, doit inspirer, servir de modèle, susciter l’émotion et favoriser les interrelations pour que l’apprenant puisse développer sa confiance en soi, à s’engager activement, à devenir autonome et à investir l’énergie nécessaire pour apprendre.
Le développement de compétences personnel constitue les fondements de l’éducation contemporaine. La matière sert de vecteur pour le développement des aptitudes requises afin de naviguer efficacement dans un environnement professionnel et social en constante évolution, caractérisé par une accélération et une intensification des changements. L’objectif primordial est de former des individus non seulement compétents sur le plan technique, mais également dotés d’une grande capacité d’adaptation, d’un sens aigu des responsabilités et d’une dimension humaine prononcée. Par conséquent, la formation professionnelle transcende la simple satisfaction des besoins du marché du travail; elle vise également à former des citoyens autonomes, responsables et capables de contribuer positivement et durablement à la société.



Laisser un commentaire