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Il m’a alors demandé ce qui n’était pas correct dans son travail. C’est à ce moment que l’écrit a pris tout son sens. Il fallait faire un acte d’apprentissage avec une situation qui semblait désespérante au départ. Ce n’était pas à moi de me justifier, c’était à l’élève de se rendre compte de sa non-conformité. Quand un élève fait seulement ce qu’on lui dit de faire, c’est l’indication qu’il n’a rien compris. Il faut l’amener à douter, à argumenter, à prendre des décisions et à être imputable, de façon professionnelle, des résultats de son travail. Mais pour que cela puisse se produire, il faut des données et des faits.

Je lui ai demandé de se référer aux critères de conformité de son travail. Il pouvait y retrouver les données et les faits exigés et les comparer à sa réalisation. De toute évidence, l’élève ne voyait pas ce que je voyais. C’est souvent l’erreur que nous faisons comme expert d’un métier, c’est tellement évident pour nous. Je lui ai demandé de lire les consignes, les directives et les indicateurs de conformités et de me faire la présentation de son travail en conséquence. L’élément le plus troublant de cette situation c’est que l’élève était très motivé, il démontrait son implication au quotidien et désirait compléter sa formation de menuisier en devenant ébéniste.

Malgré son bon vouloir, il semblait y avoir quelque chose qui clochait. Effectivement, à la suite de ses explications et de sa conviction il y avait un problème au niveau de sa perception et de sa motricité fine. Plus les mesures étaient petites et précises, moins il pouvait les percevoir. Quand il passait sa main sur les surfaces de bois, il pouvait y avoir une dénivellation de deux à trois millimètres et il ne les percevait pas. Finalement, cette situation avait permis de découvrir une limitation chez cette élève qui ne l’empêchait pas de faire de la charpenterie ou de la menuiserie de construction, mais qui était plus que problématique pour un ébéniste. Il avait été le plus loin possible dans son cheminement, mais il devait se réorienter dans une autre activité professionnelle.

Pour plusieurs, ce type d’événement est impensable, il faut absolument tout faire pour qu’un élève puisse réussir, même si cela se fait au détriment de l’apprentissage. Cela est vrai en formation générale, mais selon moi, pas en formation professionnelle. J’ai des dizaines et des dizaines de cas d’élèves qui avaient des limitations par rapport à un métier qu’ils avaient choisi. Le service à leur rendre était de les orienter correctement pour qu’ils puissent se réaliser pleinement, le plus tôt possible dans leur cheminement, pour éviter de leur faire perdre du temps. Ceci illustre l’importance d’avoir une progression des apprentissages à réaliser autre que les examens et une description des pratiques à réaliser. Ces deux éléments deviennent des repères tangibles du contrat à respecter entre l’apprenant, son enseignant et le métier à apprendre. Il permet à l’enseignant d’articuler les exigences de son programme et à l’apprenant de pouvoir se confronter à une représentation concrète des défis à relever, des efforts à fournir et des comportements à manifester.

Qui veut peut, mais on ne peut pas vouloir plus que l’on peut !

La suite : Je ne savais pas que je devais faire de la discipline