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Avec mes élèves, j’avais l’impression que tout ce que je disais était clair. C’est pourquoi aujourd’hui, dans les formations que j’organise, je débute toujours par une activité d’exploration où les participants réalisent une activité ludique dont déroulement me permet d’avoir les informations nécessaires pour me placer sur la même longueur d’onde qu’eux et ainsi ajuster mes interventions tout au long de la séance de formation. On parle la même langue, mais nous ne venons pas nécessairement du même monde.

Lorsque j’ai eu à travailler avec des travailleurs d’expérience et qu’ils devaient me décrire la façon dont ils s’y prenaient pour exercer leurs tâches, j’ai eu à faire face à deux mots fourre-tout, expérience et feeling. Ces deux mots revenaient souvent pour exprimer soit une manière de s’y prendre ou le pourquoi d’un choix. Lorsque je demandais comment ils s’y prenaient pour réaliser telle pratique de travail particulière, ils me disaient que c’était l’expérience qui permettait de pouvoir réaliser cette tâche. Ou encore, pourquoi ils avaient pris telle décision plutôt qu’une autre. Ils m’expliquaient que c’était une question de feeling. Cela ne pouvait pas constituer des indications valables pour rédiger des aides à la tâche pertinentes pour d’autres travailleurs. Selon eux il ne pouvait y avoir d’autres explications. Dans les deux cas, c’étaient des réponses presque mystiques à quelque chose qu’ils étaient incapables d’expliquer à cause d’un manque de vocabulaire.

Un opérateur de chasse-neige m’avait fait ce type de réponse à la question comment, il savait que la lame de déglaçage mécanique était utilisée convenablement. Après plusieurs échanges, nous avons enfin compris que le mot feeling, qu’il utilisait correspondait aux sensations qu’il percevait sur son siège de conducteur à la suite des vibrations provoquer par le frottement de la lame de déglaçage sur la glace. Cette façon de percevoir de l’information s’appelle de la proprioception. Ce sens nous permet de percevoir de l’information à partir de nos nerfs, nos os et nos muscles.

La quantité de vocabulaire dont nous disposons et la culture à laquelle nous sommes originaires, qu’elle soit locale, professionnelle, régionale, nationale ou internationale, teinte notre langue. La clarté de nos propos est relatif aux bagages dont disposent nos interlocuteurs et à notre soucie de nous faire comprendre.

À suivre : 4. C’est clair, comme dans un cul de poule.