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Le deuxième élément est celui du langage. C’est la porte d’accès à de nouvelles connaissances. Si nous sommes en formation, c’est que nous désirons apprendre quelque chose que nous ignorons. Il y a souvent un mélange entre être professeur et être conférencier. Le conférencier s’exprime devant un groupe de personnes qui sont en mesure de comprendre ce qu’il expose. De manière différente, le professeur s’exprime devant un groupe de personnes qui ne sont pas nécessairement en mesure de comprendre ce qu’il expose. L’un s’adresse à des personnes qui veulent parfaire leur connaissance et l’autre s’adresse à des personnes qui ignorent le sujet dont il est question, mais ils veulent l’apprendre. Deux types de clientèle qui génèrent deux approches très distinctes. Un bon professeur n’est pas nécessairement un bon communicateur, il doit premièrement être à l’écoute plutôt que de vouloir se faire écouter. Il doit être un meilleur pédagogue et didacticien que communicateur. Il ne s’agit pas d’être intéressant, il faut intéresser. Son rôle est de mettre en place des dispositifs (ressources) et des stratégies pour que l’apprenant rencontre l’objet de formation et qu’il ait le désir, ou le besoin, de se l’approprier de la façon la plus efficace possible.

Cela fait en sorte que l’apprenant ait accès au langage spécifique de la spécialité professionnelle, qui fait l’objet de la formation. Lorsque j’ai expliqué à mes étudiants qu’ils devraient utiliser des outils, je n’avais pas de problème à me faire comprendre jusque-là. C’est au moment où je spécifiais que ces outils pouvaient être des machines-outils, des outils manuels ou  électriques que les choses commençaient à se compliquer. Je les perdais lorsque j’ajoutais que ces outils pouvaient être une dégauchisseuse, une toupie, un tour ou une varlope. Cela ne s’est pas amélioré lorsqu’en plus j’ajoutais que le bois avait des joues et des rives et que l’on pouvait y façonner des tenons et des mortaises.

Tous ces termes n’avaient aucune signification pour les élèves. Je parlerai du sens un peu plus tard. J’ai rapidement compris qu’il fallait que je donne accès au langage technique à mes élèves le plus rapidement possible. C’est à ce moment que j’ai développé un outil, le glossaire sémantique. Cet outil ne donnait pas encore accès au sens de ces mots, mais, à tout le moins, en définissait la signification.

J’ai déjà demandé à un de mes élèves d’identifier les points de repère sur lesquels il allait se baser pour réaliser le débitage d’un madrier. Il est allé à son établi et il s’est mis à chercher partout. Il regardait par terre, sur l’étagère de son établi, sur son établi. Il semblait désemparé et en toute ignorance de ce qu’il devait chercher. Je lui ai demandé ce qu’il faisait, il m’a répondu qu’il cherchait le point de repère que je lui avais demandé. De toute évidence, il n’avait aucune idée de ce que je voulais dire. Au même titre qu’un cuisinier m’avait déjà dit qu’il y avait certaines difficultés à faire de la pâte à choux et j’étais convaincu qu’il faisait la pâte avec du chou. Il est difficile d’avoir la bonne représentation d’un mot lorsque l’on est ignorant du contexte où il s’applique.

Notre cerveau va puiser dans sa banque de représentations pour donner un sens à un mot que l’on entend. Que l’on parle de souris, de disque dur, d’assemblage en queue d’hirondelle, de cul de poule, de chinois ou de débit, il faut que l’interlocuteur puisse avoir accès au contexte où s’applique ces mots, que ce soi l’informatique, l’ébénisterie, la cuisine ou la comptabilité. Sinon ce dernier va s’imaginer que l’on parle d’un animal, d’un disque quelconque, d’un oiseau, de l’orifice anal de la poule, d’une nationalité ou d’une rivière.

J’ai appris avec le temps, à demander à mes élèves, en plus de savoir s’ils ont compris, qu’est-ce qu’ils ont compris de ce que j’ai dit. J’avoue que les réponses sont souvent surprenantes. Comme le disait Piaget, ce n’est pas la matière qui est difficile à comprendre, mais plutôt la manière que nous utilisons pour présenter cette matière.

À suivre : 5. Ça pas de sens ce qui dit !