20447449À un autre moment donné, j’ai eu à développer une formation pour un organisme qui était convaincu que les ouvriers qui participeraient à la formation devaient se conformer exactement aux consignes et aux devis qui leur étaient fournis. Cette conformité devait être tellement respectée qu’ils avaient évacué deux termes du vocabulaire que l’on devait utiliser. Ces deux termes étaient le jugement et l’interprétation. Les ouvriers ne devaient pas interpréter les plans, ils devaient les réaliser tels quels. Ils ne devaient en aucun temps juger de la situation, ils devaient appliquer les directives. Pour eux interpréter signifiait de donner un sens différent de celui visé et juger était de donner son opinion basée sur ses croyances.

Je leur ai demandé pourquoi il voulait une formation. Ils ont expliqué qu’étant donné la nature de l’activité, il se pouvait que le plan et les directives ne s’appliquent pas complètement dans certaines réalités. Ils voulaient, que lorsque cela arriverait, que le travailleur puisse avertir des problèmes provoqués par la situation.

Il allait de soit qu’il n’était pas possible, pour moi, d’organiser une formation ayant comme objectif d’obéir à des directives et en même temps d’amener les gens à avoir un jugement critique sur une situation de travail. Toute la formation a alors été conçue pour que les participants comprennent le bien-fondé des directives et en même temps l’utilité et l’importance de leurs interventions pour adapter les pratiques à la situation. Pour que cela puisse se faire, il a fallu considérer la prise d’initiative ainsi que la part de l’autonomie qui leur incombait malgré les protestations de l’organisme. Comme le dit l’expression, il voulait que les gens ne soient pas assez fous pour allumer un feu et parce qu’ils ne seraient pas assez fins pour l’éteindre.

La sécurité est un autre exemple de la nécessité d’amener nos élèves plus loin que le simple fait de faire ce que le prof dit. J’ai eu un élève qui s’est blessé et qui savait qu’il allait se blesser. Il m’a reproché de ne pas lui avoir dit de ne pas se blesser. Vous voyez l’aberration à laquelle peut amener la déresponsabilisation du «fait ce que je te dis».

Peu importe les règlements, les équipements, les lois, les inspecteurs et les amandes, rien ne remplacera le jugement d’une personne pour repérer des situations de danger et agir en conséquence. Il faut d’abord développer le jugement pour être en mesure de comprendre le bien-fondé des règles et autres considérants de la sécurité. Il est effarant de constater le nombre d’accidents qui auraient pu être évités si on avait développé le jugement des personnes plutôt que de leur remplir la tête de codes divers. À oui! j’avais oublier, la majorité des cours en santé et sécurité n’ont pas pour but d’éviter les accidents, mais d’informer sur la nécessité de respecter les règlements.

Vous trouvez que je suis sévère dans mon jugement? Je pose toujours cette question à mes clients lorsqu’un organisme me demande de concevoir un cours dans le domaine de la santé : Est-ce que la formation que vous demandez a pour objectif de vous conformer à la réglementation ou a pour objectif de diminuer les  accidents?

Vous seriez surpris de la réponse.

À suivre : 3. Ce n’est pas de ma faute si je me suis blessé.