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Mon commanditaire finance une formation à laquelle il ne croit pas, avec des participants qui ne sont pas plus convaincus et souvent déçus. Je conviens qu’après avoir assisté à plusieurs formations je suis un peu d’accord avec eux. Les formations qu’ils reçoivent sont rarement adaptées à ceux qui la suivent et à l’objet à apprendre. On fait faire des activités pour amuser ou occuper les participants. Généralement, il n’y a pas d’activité et les participants font semblant d’écouter le roman-fleuve du formateur qui se fait souvent appeler animateur pour ne pas se faire accuser de ne pas faire apprendre. Le jeu des mots est important, un formateur est supposé faire apprendre, un animateur anime les participants et un communicateur communique des informations. Un bon formateur n’est pas nécessairement un bon communicateur parce que son rôle n’est pas de communiquer, mais de faire apprendre.  Quoi qu’en disent les communicateurs, communiquer ce n’est pas faire apprendre. Marcher ce n’est pas courir, même si dans les deux cas cela semble pareil, la différence est que l’on n’arrive pas à la même place au même moment.

Généralement, la matière est donnée par un spécialiste qui régurgite la matière en grande quantité à l’aide de son PowerPoint, qui est en réalité un PowerPlate la plupart du temps. Il faut que le boss en ait pour son argent et on mesure la formation par l’épaisseur du cartable ou la quantité de fiches de son diaporama. C’est merveilleux, si en même temps je peux imprimer le diaporama que je vais lire devant les participants. Le temps est rempli, le cartable est rempli et les participants sont remplis. L’expression pelleteux de nuages doit venir de ces situations de remplissage. J’ai souvent posé la question à des formateurs sur les préoccupations qu’ils avaient lors de l’organisation d’une formation. Après les vœux pieux d’usage, ils finissent par me dire qu’il faut remplir le temps. On ne doit pas remplir le temps, on doit l’exploiter et le gérer. Non pas en lien avec ce que l’on doit dire, mais en lien avec ce que les participants devront faire pour apprendre les objectifs de la formation.

Il faut gérer le temps d’une formation comme votre comptabilité. Les concepts d’actif et de passif sont largement utilisés en gestion des affaires. Il en va de même pour la formation. On ne parle pas ici d’argent, mais plutôt de participants. Lorsque les participants à une formation sont plus passifs  qu’actifs, vous êtes en déficit cognitif. Un participant qui écoute, sans avoir pu questionner, est passif. Je vous l’ai déjà indiqué antérieurement, les gens sont tannés d’entendre des réponses à des questions qu’ils ne se posent pas. Écouter la présentation faite par un PowerPoint c’est être passif. Être actif c’est écrire, parler, faire des gestes ou des mouvements. Il faut donc gérer le temps en tenant compte que tous les participants devront entrer en action.

Mon sport extrême est de faire apprendre quelque chose aux participants. Quand j’indique sport extrême, c’est que rien ne milite en faveur de mon objectif. Mon commanditaire n’y croit pas, les participants au départ sont convaincus que cela va être plate, que cela va être long, qu’ils n’apprendront rien d’utile. Finalement ils vont perdre leur temps. Règle générale je dispose de six heures pour donner une formation en incluant le dîner et les pauses.

Mon défi, pour ne pas dire mes défis, c’est d’allumer les participants, de les faire adhérer au contenu, de les faire travailler et finalement de leur faire transférer ce qu’ils auront appris dans leur réalité. Tout cela en 4h00, c’est ce qui reste après le dîner et les pauses. On peut également augmenter le stress en y incluant un petit test pour vérifier les apprentissages. On peut encore l’augmenter si les résultats au test permettent ou non l’accès à un travail, une promotion ou même le droit d’exercer son métier. Je vous l’avais dit, la formation peut devenir un sport extrême. Si vous n’êtes pas en mesure de bien planifier et organiser votre formation, les conséquences peuvent être plus que stressantes.

À suivre : Une histoire d’erreur