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Contextualiser les apprentissages : Étape 3 de l’approche par compétences

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Explorer et apprendre furent les deux premières étapes de l’approche par compétences. On peut traduire ces deux étapes comme la découverte de ce que l’apprenant ne sait pas pour pouvoir combler l’écart entre l’ignorance et la connaissance. Pour l’enseignant, cela lui demande de mettre en place des activités intrigantes, stimulantes et motivantes pour que l’apprenant adhère à la formation et désire investir les efforts nécessaires aux apprentissages. L’aboutissement de ces deux étapes est d’amener l’apprenant à conceptualiser les savoirs à apprendre.

 

La contextualisation consiste à réaliser des tâches qui demandent l’utilisation des savoirs appris. Ce qui suit la conceptualisation est donc la contextualisation, c’est-à-dire l’application des savoirs dans un contexte artificiel de travail. Pour faire apprendre, l’enseignant proposera des activités d’apprentissage. L’activité d’apprentissage interpelle l’apprenant, elle l’invite à traiter l’information reçue et à se mettre en action pour construire d’autres connaissances et développer d’autres habiletés. Elle est élaborée en s’appuyant sur les différentes composantes du programme. Elle est exploitée pour développer différents savoirs et ainsi construire l’action réfléchie à la base de la mise en œuvre de la compétence. L’activité d’apprentissage a plus comme objectif de donner du sens aux savoirs et de faire appliquer le savoir dans un contexte signifiant.

 

Selon Legendre (1983) la tâche est une activité observable et mesurable qui, à l’intérieur d’une séquence de temps, constitue une démarche logique et nécessaire pour la réalisation du travail ou l’atteinte d’un but. La tâche se réfère à une action qui peut se dérouler dans une situation de travail réelle et que l’enseignant va transformer dans un monde artificiel. Le contenu est le même, la finalité est la même, les comportements sont les mêmes, ce n’est que la situation de travail, qui la motive, qui est artificielle. L’enseignant peut donc contrôler la situation contrairement à la réalité où la situation de travail réelle doit se dérouler naturellement, elle ne peut être arrêtée.

 

L’application n’a pas encore comme fonction de faire appliquer les savoirs dans différents contextes, ce sera le rôle du transfert, mais de s’assurer qu’il y a un lien entre l’apprentissage des savoirs et l’utilisation de ces savoirs dans un contexte. Cela fait en sorte que l’application n’est pas seulement la mise en pratique des savoirs, mais surtout la réflexion associée à la mise en oeuvre des savoirs. Lorsque l’apprenant est en processus d’apprentissage il se situe dans son cerveau à un endroit différent que celui activé lors de l’application. Au moment de l’application, il faut que la stratégie mise en place permette à l’apprenant, au moment de l’action, de pouvoir accéder au traitement de l’information, c’est-à-dire non seulement aux automatismes et à l’exécution.

 

Quand l’apprenant est sollicité par un contexte et une action on se pose souvent comme question où sont passés les apprentissages précédents. Il faut qu’il y ait un abonné au numéro dans le cerveau de l’apprenant. Je veux dire par cela que lorsque nous sommes sollicités par un stimulus extérieur, en lien avec le réel, le lien qui se crée est un lien émotionnel avec ce qui nous entoure. Ce lien émotionnel peut être l’inquiétude, le plaisir, le stress, la peur, la sécurité, etc. Cet état est géré par la partie de notre cerveau que l’on nomme limbique et la mémoire sollicitée est la mémoire épisodique. Dans une action, au moment de réagir, nous exploitons premièrement ce que nous sommes avant d’utiliser ce que nous savons. Le savoir acquis lors d’apprentissage se retrouve dans le cortex, le plus souvent dans la mémoire sémantique, c’est-à-dire la mémoire qui emmagasine les informations. Lorsque je parle de placer un abonné au  numéro, c’est de permettre à l’apprenant de faire les liens entre ce qu’il est et ce qu’il sait.

 

L’application n’a donc pas seulement la fonction de faire appliquer les savoirs dans une pratique professionnelle, mais surtout de faire en sorte d’établir un lien entre ce que l’apprenant sait et ce qu’il peut utiliser dans un contexte. Il est donc nécessaire de faire en sorte que l’apprenant puisse réfléchir au même moment où il travaille pour faire cette connexion. Il est donc essentiel d’introduire dans le processus de réalisation des tâches professionnelles, des étapes de breffage et de débreffage pour anticiper le travail et pour évaluer le travail. Ces étapes d’analyse et de traitement de l’information sont nécessaires pour rendre l’apprenant conscient des décisions qu’il aura à prendre ou qu’il a prises pour réaliser l’action demandée par la tâche.

 

En conclusion, l’étape d’application n’a pour fonction de mettre en pratique les savoirs appris et de faire réfléchir sur les décisions à prendre avant de réaliser l’action et après. Cette simple prise en considération fait toute la différence entre former un tâcheron ou une personne compétente. Le tâcheron finit par réussir la tâche, la personne compétente comprend ce qu’elle a fait pour réussir. Elle est donc en meilleure position pour passer à la prochaine étape, c’est-à-dire le transfert.

Être en situation d’inconfort : Étape 2 de l’approche par compétence

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L’étape 1 du processus associé à l’approche par compétences prépare l’apprenant à découvrir ce qu’il ne connaît pas. L’étape 2 a pour objectif de combler l’écart entre ce que l’apprenant connaît et ce qu’il ne connaît pas pour être en mesure de mettre en oeuvre sa compétence. Apprendre c’est changé, d’où l’importance pour l’enseignant de bien connaître le changement visé par les apprentissages qu’il va préparer. Chez l’apprenant le changement est inconfortable et pour l’enseignant il est souvent inconfortable de gérer l’inconfort de l’apprenant. Nous concentrons trop souvent les apprentissages sur l’objet à apprendre plutôt que sur les conditions favorables pour que l’apprenant s’approprie l’objet. Faire apprendre est une tâche complexe qui met en évidence tout le talent et la compétence de l’enseignant. Personne n’apprend malgré lui. L’enseignant, par son rôle d’accompagnateur, soutien l’apprenant dans son processus d’apprentissage pour le sécuriser dans un moment où il est vulnérable.

Je vous propose une présentation que j’ai réalisée auprès de professeurs universitaires sur le lien entre l’apprentissage et l’inconfort de l’apprenant.

Explorer un monde inconnu : Étape 1 de l’approche par compétences

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La première étape de l’approche par compétences demande de faire explorer la compétence à l’apprenant. Une foi que cela est dit, comment faire pour réaliser cette étape primordiale? Si cette étape est bien faite, l’apprenant devrait être motivé par les apprentissages à réaliser. Il est important ici de bien comprendre l’effet sur la motivation. Il ne s’agit pas seulement de faire découvrir à l’apprenant ce qu’il ne connaît pas et qu’il devra connaître, mais également l’effort qu’il devra fournir et ainsi constater que le gain à la fin sera supérieur à l’effort à fournir. Le sens et la pertinence des objets à apprendre constituent la découverte essentielle que doit faire l’apprenant.

Explorer c’est découvrir les différents aspects, que nous ne connaissions pas, d’un élément. C’est, somme toute, la découverte de notre ignorance, justifiant ainsi la présence à une formation. À la fin de cette étape, l’apprenant doit être en mesure d’identifier ce qu’il sait et ce qu’il ne sait pas et par conséquent alimenter sa motivation pour apprendre ce qu’il ne sait pas par la découverte du sens et de la pertinence du savoir à acquérir.

L’activité d’exploration en est une d‘investigation sur la compétence à développer. La finalité de cette activité est la prise de conscience de la compétence et ce qu’il me manque pour l’atteindre. Souvent les enseignants hésitent avant de traiter, dès le début d’un cours,  de la compétence. Sans nécessairement en arriver à faire travailler les apprenants sur la manifestation de la compétence, ils peuvent tout de même investiguer sur ce qu’elle est à partir de leurs connaissances actuelles.

L’activité d’exploration doit premièrement attirer l’apprenant par son aspect ludique. Il faut que l’activité soit attrayante et donne l’impression d’être réalisable facilement sans trop d’effort. C’est au moment de la réalisation que l’aspect didactique entre en jeu et fait en sorte, au fur et à mesure de l’investigation, de faire découvrir la vraie nature de l’activité et découvrir l’étendue de son ignorance ou de ses connaissances, par rapport au sujet à traiter.

Une activité d’exploration ne doit pas durée trop longtemps, de quinze à vingt minutes maximum pour le travail en petits groupes. Par la suite, la mise en commun servira de moment de débat sur les perceptions et les positions de chacun.

À titre d’exemple, pour faire découvrir à un groupe de chauffeur de taxi qu’il existait un processus de travail commun je leur ai fourni une série de quinze photos qu’ils devaient mettre en ordre selon un déplacement conventionnel pour un transport par taxi. Les participants ont présenté la construction du processus qu’ils avaient fait. Ils ont découvert que chacun, à quelques détails prêts, en était arrivé au même résultat. Par la suite nous avons pu nommer ces étapes et ainsi être en mesure de nous entendre sur une façon commune de réaliser un transport par taxi. Par la suite, nous avons pu mettre en question certaines pratiques envers des clients sur la base de cette construction commune. Dès le départ les chauffeurs ont eu le goût de travailler avec les photos. Le travail était simple, court, attrayant et amusant. Même si au départ ils étaient convaincus d’avoir des pratiques bien différentes ils ont été obligés de convenir que ce processus était commun.

En résumé voici les conditions pour réaliser une activité d’exploration :

  • Elle porte sur la compétence à développer.
  • Elle doit permettre de découvrir le sens et la pertinence des savoirs à apprendre.
  • Elle doit être le déclencheur de l’intérêt et de la motivation.
  • Elle doit être une situation d’investigation.
  • Elle doit être amusante pour permettre à l’apprenant, spontanément, de vouloir la réaliser.
  • Elle doit devenir l’élément d’évocation de l’ensemble des apprentissages de la compétence.
  • Elle ne doit pas durer plus de quinze à vingt minutes.
  • Elle doit permettre la confrontation d’idées.
  • Elle doit se dérouler en petits groupes.
  • Elle nécessite la construction de moyens didactiques esthétiques.

Skwbllsz c’est comme l’approche par compétences.

Un commentaire

La compétence, les compétences, les programmes par compétences, l’approche par compétences, les compétences professionnelles, les compétences individuelles, les compétences collectives, etc. Cet inventaire, loin d’être exhaustif, fait en sorte que l’on parle de plusieurs choses sans parler de rien en particulier. Je travaille depuis plusieurs années, non pas à essayer de comprendre, mais plutôt à démêler ces termes de façon pragmatique.

Peu importe ce que l’on désire vouloir exprimer comme concept avec ces termes, il demeure qu’ils doivent représenter une certaine réalité. C’est cette réalité que j’essaie d’associer à ces termes pour être en mesure d’essayer, didactiquement, de reproduire une certaine réalité dans les milieux de formation professionnelle pour en faciliter l’apprentissage. L’enseignant se demande ou ne se demande plus, par découragement, quoi faire lundi matin avec ses élèves avec les compétences et son approche, pour lui cela veut dire «SKWBLLSZ».

Il arrive que les programmes qui encadrent l’approche par compétences se soient tellement refermés sur eux même que certains nomment l’élaboration de ces programmes comme une ingénierie d’élaboration de programme par compétences. Le programme n’a plus pour but de respecter la réalité du fonctionnement d’un métier, mais celui de son exclusive représentation sans se préoccuper de la réalité de sa réalisation. En principe, l’ingénierie de la réalisation des programmes par compétences devrait être cohérente avec l’ingénierie de la profession.

Lors de mes rencontres avec des centaines d’enseignants annuellement, je ne manque pas de poser la question sur leur compréhension de ce que c’est une compétence. La réponse ressemble plus en un genre de mutation sémantique entre un objectif et une compétence, qu’un passage entre le tâcheron et le professionnel. Les réponses sont encore plus vagues entre les approches pédagogiques conventionnelles et l’approche par compétences. Je peux dire que je peux compter sur les doigts des deux mains les enseignants qui ont une idée, relativement vague de ce que cela implique dans leur pratique d’enseignement, et sur les doigts d’une main ceux qui s’en préoccupent concrètement dans leurs stratégies d’enseignement.

Ce n’est pas que l’idée est mauvaise, c’est qu’ils ne comprennent pas comment ce concept d’approche pas compétences se traduit dans leur quotidien. J’expérimente des stratégies didactiques sur ce modèle depuis plusieurs années, pour être en mesure d’instrumenter les enseignants en formation professionnelle à changer leurs pratiques, pour faciliter, non pas l’apprentissage des compétences du programme, mais le développement des compétences professionnelles de l’individu. J’ai constaté que le fait de se concentrer sur la compétence professionnelle assurait la réussite des compétences des programmes, mais pas nécessairement l’inverse.

Je désire traiter, dans mes prochains articles, de stratégies de formation en lien avec les différentes étapes de l’approche par compétences. Je me réfère à un document produit par le MELS, au Québec, auquel j’adhère entièrement et qui est malheureusement méconnu dans les milieux de formation.

Ce document se nomme «Cadre de référence sur la planification des activités d’apprentissage et d’évaluation». Ce document a été édité en 2005, c’est-à-dire presque vingt ans après la production des premiers programmes par compétences. Cette situation nous aide à comprendre pourquoi les enseignants ont eu de la difficulté à implanter cette approche.

Mon intervention a pour objet d’instrumenter, didactiquement, les différentes étapes de cette approche pour faciliter la compréhension de son intégration dans des pratiques quotidiennes.

J’ai ajouté, à la lumière de mes expérimentations, certains éléments, que j’indiquerai en caractères gras, qui compléteront le modèle.

Cinq étapes caractérisent l’approche par compétences :

1. L’exploration du sens et de la pertinence
2. L’apprentissage de la compréhension
3. L’application fonctionnelle
4. Le transfert de contextes
5. L’enrichissement de la réflexivité

Faire comprendre les théories

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La présentation des notions théoriques est souvent un défi important pour plusieurs enseignants et formateurs. Les formateurs et enseignants en formation professionnelle sont le plus souvent engagés pour leur expertise dans le contenu à enseigner. Ces spécialistes de la matière à enseigner sont des gens de métier dont la majeure partie des connaissances est empirique, tacite et implicite. Le défi est de faire en sorte que l’expertise du formateur se transforme en savoirs à faire apprendre, en informations à présenter et finalement en connaissances traitables par les apprenants. Ce processus semble évident, mais suite à mes constats avec de nombreux travaux avec des enseignants et formateurs, il semble que ce soit la plus grande faiblesse manifestée. Souvent, les enseignants et formateurs vont se reférer à des contenus déjà existants en mathématique, en science ou en physique. Malheureusement, ils ne tiennent pas compte que ces savoirs sont décontextualisés tandisque que leur expertise est contextualisée. Les liens entre les savoirs savants et les contextes d’utilisation ne sont pas à la portée de tous. L’enseignant et le formateur doivent pouvoir garder le sens de leur expertise et y intégrer les savoirs savants. Pour ce faire, j’ai imaginé quatre étapes associées à quatre outils didactiques pour en arriver à fournir aux apprenants des outils pour faciliter la perception, l’organisation, le sens et la signification des notions à faire apprendre à partir de l’expertise de ceux qui les forment.

Amener l’apprenant à fournir les efforts nécessaires

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La décision, par l’apprenant, d’investir des efforts pour réaliser des apprentissages prend en considération cinq facteurs, selon Viau (2003). J’utilise ici le terme investir plutôt que consacrer. L’un fait appel à l’anticipation d’un résultat plus grand que le coût de l’effort, tandis que l’autre fait plutôt appel à une croyance que c’est la bonne chose à faire. Il est plus facile de faire rendre compte à l’apprenant que l’investissement est rentable, plutôt que l’effort à consacrer soit juste.

Le premier facteur est celui de la valeur de l’activité pour l’apprenant. C’est ici qu’apparaît mon fameux facteur QCD (qu’est-ce que ça donne d’apprendre ça?). Dans la situation pédagogique de Legendre (1983), nous retrouvons deux types de relation favorisant la relation d’apprentissage, c’est-à-dire la rencontre de l’objet d’apprentissage par l’apprenant. Le premier type de relation est la relation didactique, c’est-à-dire la transformation de l’objet pour que l’apprenant puisse se l’approprier au plus faible coût d’effort. Le deuxième type de relation est la relation d’enseignement, c’est-à-dire l’explicitation des attentes, des buts, des objectifs, des livrables, des comportements, des règles, des façons de faire et des contraintes pour réaliser les activités nécessaires à l’apprentissage des objets. La relation d’enseignement explicite donc les conditions d’appropriation de l’objet. Ce n’est donc pas l’objet d’apprentissage lui-même qui permet à l’apprenant d’en situer la valeur, mais ce que vous aurez mis en place dans la relation d’enseignement. Si vous n’indiquez rien dans la relation d’enseignement la valeur sera associée qu’à l’examen et au diplôme, plutôt qu’à la compétence et à l’employabilité. Les questions à se poser pour avoir les outils et que l’apprenant puisse constater la valeur des apprentissages pourraient être les suivantes :

  • Est-ce que l’apprenant peut faire les liens entre les objets d’apprentissage et les situations de travail?
  • Est-ce que l’apprenant connaît le chemin à parcourir pour atteindre la finalité de la formation?
  • Est-ce que l’apprenant est conscient des conséquences de la méconnaissance de l’objet sur la compétence à développer?

Le deuxième facteur est celui du déroulement des apprentissages. Dans la panoplie des instruments de gestion de classe il est important que l’apprenant puisse bénéficier d’un outil qui l’informe non seulement des efforts qu’il devra fournir, mais également la séquence présentant le déroulement de ses apprentissages. Il est essentiel que l’apprenant possède un type d’itinéraire des apprentissages à réaliser pour qu’il prenne conscience du chemin parcouru et celui à parcourir. Cela permet, à ce dernier, d’avoir une idée précise de l’effort fourni et celui à fournir.

Le troisième facteur est celui de la contrôlabilité des apprentissages par l’apprenant. L’apprenant devrait avoir un certain contrôle sur ses activités. Pour que cela puisse se réaliser, il faut que l’apprenant ait en main la finalité, les modalités, les contraintes, les ressources ainsi que les critères d’évaluation de ses activités. Ce facteur est un élément important à considérer dans la gestion de classe. Chaque élève ne va pas à la même vitesse. Le défi est de pouvoir gérer les écarts tout en gardant le contrôle sur le cheminement du programme de formation. Le temps devient alors comme un budget à gérer où il faut considérer le fonctionnement standard attribuer à tous et qui permet d’avoir les marges de manoeuvre pour les interventions de remédiation et d’enrichissement. C’est à ce prix que l’on peut permettre à l’apprenant d’avoir un certain contrôle de ses apprentissages.

Le quatrième facteur est celui de la conscience des conséquences de l’apprentissage à réaliser. En ayant la possibilité de faire des liens, entre la nécessité de ce qu’il faut apprendre et la poursuite des apprentissages, l’apprenant pourra ainsi mieux juger de la pertinence d’investir les efforts nécessaires aux apprentissages. La mise en place de modes opératoires ou de règles de fonctionnement pourrait faciliter cette construction de liens. À titre d’exemple, dans le cadre de la réalisation d’activités en atelier, si l’enseignant établissait dans la démarche de réalisation que l’apprenant doit proposer et expliciter la pratique de travail qu’il mettra en oeuvre et que cette pratique sera valider et confronter entre pairs avant d’être réalisé en atelier, cela pourrait faciliter la prise de conscience que sans la connaissance l’action ne peut être compétente. Ce type de fonctionnement, à partir du fait qu’elle devienne une pratique explicitée dans la relation d’enseignement, elle apporterait une raison d’être à des démarches de breffage et de débreffage favorisant la réflexivité et la prise de conscience des liens entre le savoir, les connaissances et les tâches. La relation d’enseignant établirait ainsi un mode de fonctionnement cohérent avec les buts, les intentions et les objectifs des programmes et non seulement avec les prescriptions aux fins d’évaluation et de sanction.

Le cinquième facteur est celui de la perception, par l’apprenant de sa compétence par rapport à l’activité. La compétence qu’une personne est consciente de posséder ne se fait pas spontanément. Apprendre c’est être en mesure de s’évaluer, sinon comment puis-je savoir que j’ai appris autrement que par la note que l’on m’a donnée. Là encore, c’est à la relation d’enseignement d’établir une modalité pour favoriser cette prise de conscience. L’auto-évaluation devient alors un outil à privilégier et à systématiser tout au long du processus de réalisation des activités que l’apprenant réalisera. Il serait donc intéressant que chaque foi qu’un apprenant réalise une activité qu’il puisse posséder les critères permettant son évaluation et qu’il procède personnellement, à la suite de la réalisation ou pendant la réalisation de son activité, au jugement de l’atteinte des attentes et des objectifs de cette activité. Ce n’est que par la suite que l’enseignant pourrait jouer son rôle pour venir confirmer, infirmer, compléter ou corriger l’auto-évaluation de l’apprenant.

Ces cinq facteurs ont de l’influence sur le désir ou le besoin de l’apprenant d’investir les efforts nécessaires aux apprentissages que vous lui proposez. La gestion de classe n’est pas seulement là pour venir imposer des règles de comportement ou de discipline scolaire, mais également pour expliciter et  présenter les modalités de fonctionnement cohérentes avec le processus d’apprentissage de l’apprenant, les intentions, les buts et les objectifs des compétences à faire développer.

La gestion de classe/atelier

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La gestion de classe est un élément clé que l’enseignant doit pouvoir contrôler pour faciliter les apprentissages des apprenants. Il faut considérer qu’en formation professionnelle la gestion de classe, étroitement liée à la relation d’enseignement, ne doit pas être abordée exclusivement, comme c’est généralement le cas, comme l’établissement des règles, règlements pour contrôler les comportements des élèves.

Je considère la gestion de classe comme l’articulation de la stratégie didactique dont le but est de favoriser le processus d’apprentissage et non de contrôler les apprenants. Il va de soit que nous ne pouvons pas tout contrôler dans la classe. Chacun des groupes que vous avez est différent. Chacun des groupes a sa propre dynamique. Une situation d’enseignement/apprentissage est une situation incertaine qui demande un jugement critique de la part du professeur. Ce n’est pas parce qu’une partie de ce qui se déroule dans une séance appartient à une dynamique particulière que l’ensemble de ce qui va se passer est imprévisible et incontrôlable.

Le but de la gestion de classe/atelier est de contrôler ce qui peut l’être pour ainsi se libérer du prévisible pour pouvoir se concentrer et faire face à la dynamique, moins prévisible, propre à chaque séance de formation.

Pour vous aider, je vous propose dix composantes qui couvrent la gestion de classe et que vous devez contrôler le plus possible. Comme le spécifie Legendre (2005) la gestion de classe est là pour orienter et maintenir les élèves en contact avec les tâches d’apprentissage à faire réaliser.

L’absence ou le faible contrôle de l’un ou l’autre de ces éléments va nécessairement perturber le déroulement de votre planification et va avoir des conséquences importantes soit sur le temps ou vos relations avec vos apprenants. La question à vous poser est, comment vous faites pour avoir le contrôle de chacun de ces éléments?

Nous y reviendrons …

Susciter le désir d’investir des efforts

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Apprendre c’est faire des efforts. Faire apprendre c’est susciter, chez l’apprenant, le désir d’investir les efforts nécessaires pour pouvoir réaliser les apprentissages. Que fait le conseiller financier lorsqu’il vous propose d’investir de l’argent dans tel ou tel objet d’investissement ? Il vous informe et vous indique les avantages d’un tel investissement. Lorsque vous prenez conscience des résultats possibles, vous mesurez le risque pour décider si le jeu en vaut la chandelle et que vous aurez un rendement satisfaisant.

Pour l’apprenant, c’est la même chose. La première question à se poser est si vous êtes un bon conseiller, non pas financier, à l’apprentissage. Combien d’apprenants sont en mesure de décider consciemment d’investir dans les apprentissages que vous leur proposez ? Comme vous le feriez vous-même, lorsque le rendement est incertain et le risque de perte est grand et bien vous n’investissez pas.

L’effort, qui est le moteur, oscille entre le besoin et le désir d’apprendre. L’énergie, qui est le carburant, permet de mettre en oeuvre la décision de faire des efforts. Lorsque vous constatez une bonne affaire où il serait intéressant d’investir et que vous avez pris la décision de prendre le risque, il faut que vous possédiez de l’argent pour concrétiser votre décision. Du même ordre l’apprenant sans énergie ne peut mettre en oeuvre sa décision d’apprendre. L’énergie est de deux ordres. Il y a l’énergie motrice et l’énergie motivatrice.

La façon de se nourrir, la forme physique, la santé, le sommeil suffisant constituent les éléments clés pour pouvoir avoir l’énergie motrice suffisante pour mettre en oeuvre sa décision d’investir les efforts pour apprendre. Mais là encore, ce n’est pas suffisant. Ce que je nomme énergie motivatrice est également un élément nécessaire. Sans la motivation il n’y aura pas d’effort. La motivation peut être déclenchée par deux raisons. La première est en lien avec le besoin d’apprendre. La deuxième est en lien avec le désir d’apprendre.

Mes anciennes études en géographie m’ont appris que dans la nature les êtres vivants ne peuvent faire plus d’effort que le besoin auquel cet effort répond. En mots simples le lion ne peut dépenser plus de calories que ce qu’il pourra recueillir de ses proies. Je pense que pour l’humain il y a un peu de cela. On ne fait pas plus d’effort que le besoin auquel cela répond.

Le défi de celui qui fait apprendre est de créer des situations d’apprentissage où l’apprenant pourra constater que cela répond à un besoin qu’il a ou encore que le design de la situation ou son intrigue suscite, chez lui, le désir d’aller plus loin que son besoin.

La prochaine fois je vous présenterez une situation d’apprentissage qui exploite le besoin et une autre qui suscite le désir.

Un petit jeu pour comprendre les tâches d’un enseignant

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Séquences d’enseignement

Enseigner est une profession complexe quand cette dernière a pour objectif de faire apprendre et faire développer une compétence professionnelle.

Je vous offre ce petit jeu. Les cartes représentent les différentes tâches clés d’un enseignant. Ces tâches couvrent l’ensemble de sa fonction. Il va de soi que ces tâches, pour être réalisées, font appel à une variété de pratiques qui font en sorte que l’enseignant compétent s’adapte à la situation d’enseignement. Ces tâches s’appliquent, peu importe le type de formation. Si vous êtes formateur, enseignant, moniteur ou autres. Que vous offriez des formations de trois heures, trois jours, trois semaines, de trois mois ou plus, vous avez les mêmes tâches à réaliser. La prise en compte et la capacité de gérer ces tâches et de prendre les bonnes décisions font la différence entre l’amateur et le professionnel.

Je vous indiquerai l’ordre que je propose dans une communication subséquente.

Amusez-vous bien !

Sortir de sa zone de confort

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Je vous présente ici la projection des documents que j’ai réalisés lors d’une conférence à un groupe de professeurs. La thématique de la journée d’étude était de sortir de sa zone de confort. J’en ai profité pour faire les liens entre le fait de faire apprendre, c’est-à-dire faire sortir l’apprenant de sa zone de confort, et les actions de l’enseignant qui doit sortir de sa zone de confort pour adapter ses cours aux caractéristiques des apprenants, de l’objet d’apprentissage et des intentions de la formation. Lorsque j’affirme qu’un cours doit être pensé pour les apprenants qui le suivent et non pour le professeur qui le donne, cela oblige nécessairement le professeur à sortir de sa zone de confort. Mais pourquoi le ferait-il ?

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