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Situer l’apprendre

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Comme enseignant.e, je dois considérer l’apprendre, en formation professionnelle, de manière différente de l’enseignement d’une discipline. En formation générale, la discipline est au cœur de l’enseignement. Pour tenter de donner du sens à l’apprentissage, des mises en situation seront développées pour appliquer les notions à apprendre. 

En formation professionnelle, il est inutile d’avoir ce genre d’approche, car ce n’est pas la discipline qui est à l’origine de l’apprentissage à réaliser, mais la situation de travail. Le défi n’est pas de donner du sens, mais de déduire, à partir de la situation de travail, les savoirs qui y sont liés et qui sont nécessaires à sa compréhension et à sa réalisation. Par la suite il faut concevoir des projets, des événements ou des expériences qui vont permettre à l’apprenant.e de découvrir son ignorance et de fournir l’énergie nécessaire pour apprendre les savoirs manquants.

Il n’y a pas si longtemps, on enseignait la réalisation de pratiques pour apprendre un métier. Par la suite, on a concentré l’enseignement sur les tâches à faire réaliser. Mais, c’est encore insuffisant pour que l’apprenant puisse faire face à l’évolution de sa profession. Maintenant, il faut amener l’apprenant.e à gérer des situations de travail.

Cela veut dire qu’il faut faire vivre, aux apprenant.e.s, des situations de travail qui devront être comprises pour pouvoir être gérées et ainsi favoriser le développement de la compétence professionnelle. La mise en place d’une situation de travail, à ne pas confondre avec une mise en situation théorique, consiste à mettre en scène les apprentissages des savoirs pour que l’apprendre puisse être présent.

Pour pouvoir mettre en scène l’apprendre, en formation professionnelle, encore faut-il comprendre de quoi est composé la situation de travail. Vous pourrez vous référer au schéma de mon dernier article pour associer les définitions suivantes.

La mise en place de situations de travail permettra de faciliter l’apprendre et le développement des habiletés nécessaires à la manifestation de la compétence professionnelle.

Définitions

Activité : Une activité est un ensemble de tâches qui concourent à un résultat précis, concret. FlüCK C., Le Brun C. (1992).

But : Finalité des activités professionnelles.

Connaissance : Ce qui est connu et sélectionné comme contenu à faire apprendre et que l’apprenant doit comprendre et appliquer. Une connaissance peut être issue d’un savoir (information), d’un savoir-faire (pratique) ou d’un savoir-être (comportement).

Circonstances : Les conditions de réalisation sont les modalités et les circonstances qui ont une influence déterminante sur la réalisation d’un travail et font état notamment de l’environnement de travail, des risques pour la santé et la sécurité au travail, de l’équipement, du matériel et des ouvrages de référence utilisés dans l’accomplissement de l’activité.

Comportements : Manière de se conduire, ou d’agir, requise par la profession. Il s’agit d’une manifestation de l’intégration des savoirs, savoir-faire et savoir-être dans un contexte professionnel déterminé pour établir un lien de confiance avec les bénéficiaires de son travail.

Conduite professionnelle : Manière de se comporter à adopter, qui est généralement manifesté dans la situation de travail, permettant d’atteindre le résultat attendu de ses activités professionnelles.

Contexte : Ensemble de circonstances particulières, dans une situation de travail, généralement associé à un événement, qui détermine la façon dont une tâche doit être réalisée.

Enjeux : Ce qui doit être considéré et qui a un impact direct sur le résultat du travail attendu. ( la qualité d’un travail, la relation avec les autres, l’éthique, l’organisation du travail, etc.)

Évènement : Fait professionnel marquant, et signifiant, en rapport avec la situation de travail régulière d’une profession. Ensemble de faits probables obligeant la modification de la pratique de travail anticipée ou effective. Il peut être utilisé dans la formation comme déclencheur du besoin d’anticiper des situations de travail et d’adapter ses pratiques.

Domaine d’activité : Champ couvrant l’ensemble des activités professionnelles du métier.

Habiletés : Qui est fait avec intelligence, avec un sens de l’observation.

Lieux : Les endroits où se déroule le travail.

Instruments : Outils, équipements, mobiliers, appareillages nécessaires pour réaliser les tâches et activités professionnelles.

Personnes : Les individus qui sont en interaction dans la situation de travail.

Pratique : Représente un ensemble ordonné d’opérations (manœuvres, méthodes, techniques, procédures, protocoles ou instructions) motrices et mentales qui permettent de réaliser, en tout ou en partie, une tâche selon une situation en tenant compte des événements et des circonstances qui s’y déroulent tout en assurant l’atteinte du résultat attendu.

Pratique effective : Représente l’adaptation, aux circonstances du contexte réel de travail générer par un événement professionnel, de la pratique prescrite.

Pratique prescrite : Représente un modèle de réalisation d’une pratique. C’est une référence pour comprendre la façon standard de réaliser une tâche.

Qualités professionnelles : Constituées des attitudes et comportements des personnes au travail, des « façons » souhaitables d’agir et d’interagir, vis-à-vis de soi, des autres ou de son travail. 

Savoir agir : S’exprime dans une action ou un enchaînement d’actions, dans un enchaînement de gestes, de comportements, de paroles, dans un contexte et dans un champ de contraintes (la nature des difficultés du public, le cadre de la prise en charge, etc.) et de ressources (moyens humains, financiers, temporels, etc.). Ce savoir agir est une compétence qui révèle la dimension professionnelle d’un métier : face aux aléas et aux événements, face à la complexité des situations, il est demandé au professionnel de savoir mettre en œuvre des conduites et des actes pertinents dans toutes les situations. Guy Le Boterf estime que dans la réalité, la compétence n’existe pas en soi, indépendamment de l’employé qui la porte et dont elle est indissociable. 

Situation de travail : Elle détermine les conditions spécifiques de l’exercice d’une profession. Elle comporte l’ensemble des circonstances à considérer pour la mise en œuvre des compétences nécessaires à l’exercice de la profession (domaine d’activité, but, lieux, acteurs, règles,  temporalité, instruments, tâches, etc.).

Tâches : Les tâches sont les actions qui correspondent aux principales activités de l’exercice de la profession analysée. Une tâche est structurée, autonome et observable. Elle a un début déterminé et une fin précise. Dans l’exercice d’une profession, qu’il s’agisse d’un produit, d’un service ou d’une décision, le résultat d’une tâche doit présenter une utilité particulière et significative. 

Temporalité : Qui existe dans le temps. Elle indique les durées et les moments où se déroulent les activités professionnelles.

Comment on apprend une profession?

Un commentaire

Il y a une phrase de Guy Leboterf qui exprime bien la complexité de faire développer une compétence professionnelle chez une personne «  On ne peut dissocier la compétence de la personne ». Cela fait en sorte que l’on ne peut dissocier «  avoir des compétences »  de «  être compétent » . J’ajouterais qu’en formation professionnelle « on ne peut dissocier la compétence de la personne et de sa situation de travail ».

Si l’on est en accord avec ma dernière affirmation, cela nous amène à comprendre qu’apprendre une profession c’est plus que d’acquérir des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être. Il va de soi qu’à la base les connaissances, les actions et les comportements qui les caractérisent sont intimement associés aux savoirs, mais pas uniquement. À mon avis si l’on base les apprentissages que sur les savoirs on passe à côté de la compétence professionnelle. 

L’apprendre c’est comme en cuisine, la recette ne se limite pas qu’aux ingrédients,  mais également à la préparation. En apprentissage tout n’est pas qu’une question de transmission et d’acquisition. Ce qui équivaut à la préparation d’une recette, pour apprendre, tout est une question de conditions et de situations. Ces conditions et ces situations doivent respecter la nature des savoirs ainsi que la diversité des apprenant.e.s.

On doit penser l’enseignement des savoirs en formation professionnelle au-delà de la théorie et de la pratique. L’enseignement des pratiques, en faisant réaliser des tâches, est insuffisant pour développer la compétence professionnelle d’un individu. Pour placer en perspective ce qu’est une compétence professionnelle, voici une définition que nous propose Le Boterf et qui me convient très bien : 

« La » compétence professionnelle d’un individu réside dans son savoir combinatoire, son aptitude à combiner et à mobiliser des ressources et « les compétences » qu’il produit avec ce savoir combinatoire. La personne compétente est celle qui sait construire des compétences pertinentes pour gérer des situations professionnelles complexes (Le Boterf, 1998).

Le Boterf associe « La » compétence professionnelle à la gestion de situations professionnelles. Cela va dans le sens que je veux donner aux conditions à mettre en place pour permettre à l’apprendre de se manifester. J’en viens même à penser que le savoir doit servir de prétexte à l’apprentissage, mais ils ne constituent plus ce qui est le plus important à apprendre.

Apprendre une profession c’est apprendre à gérer des situations de travail. Ce n’est pas un accident si pour réaliser un programme de formation il faut au départ une analyse de situation de travail. Un programme seul pourrait effectivement limiter l’apprentissage qu’aux savoirs. Malheureusement, c’est ce qui se fait malgré des programmes par compétences.

Les savoirs sont au service de la situation de travail à gérer. Par conséquent pour que l’apprenant désire investir les efforts nécessaires pour apprendre, il doit trouver sa motivation dans la quête que lui propose une situation professionnelle à gérer. Il faut que les conditions pour apprendre que je mettrai en place soient associées aux éléments de la situation de travail pour que l’apprenant puisse comprendre le sens des apprentissages à réaliser et s’y engager.

La réponse à ma question de départ est que la façon d’apprendre une profession c’est de faire en sorte que l’apprenant construise sa compétence autour de situations de travail à gérer plutôt qu’à partir de savoir à acquérir. Le savoir viendra dans un deuxième temps. J’y reviendrai dans une prochaine chronique. 

Pour vous mette l’eau à la bouche, je vous propose un autre schéma, c’est mon dada, qui vous offre une représentation des composantes d’une situation de travail. Je vous en reparlerai plus en détail dans ma prochaine chronique.

Apprentissage ou apprendre

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Les deux termes semblent vouloir signifier la même chose, mais il y a une différence importante.

Anciennement, on écoutait le maître qui nous transmettait ses savoirs. On peut comprendre qu’à une époque où les livres étaient rares, que le papier et les crayons étaient inexistants, pour le commun des mortels, que la transmission d’un savoir et sa mémorisation étaient au cœur de l’enseignement.

Aujourd’hui, avec le numérique, internet et les ChatJPT de ce monde, ah oui, maintenant le papier et les crayons sont accessibles à tous, ce modèle de transmission me semble un peu obsolète. J’utilise ici le terme apprentissage dans le sens d’un savoir à apprendre. Comme enseignant, on fait réaliser des apprentissages, on évalue des apprentissages et l’on organise des apprentissages pour faire acquérir des connaissances ou espérer développer des compétences.

André Giordan était un précurseur de « l’apprendre » comme terme à utiliser et posture à adopter dans l’enseignement. Si l’apprentissage est lié à un savoir, l’apprendre est lié à la personne qui apprend, l’apprenant. Comme il l’indique dans son livre  « Apprendre! », vouloir savoir ne signifie pas avoir envie d’apprendre.

Au XXIe siècle, pour permettre à nos apprenants de faire face à l’avenir, ne vaut-il pas mieux qu’ils apprennent à apprendre plutôt que de simplement acquérir un savoir qui sera obsolète dans peu de temps ou encore dont le volume d’informations est impossible à gérer et que de toute façon l’IA va s’en occuper? Que devons-nous faire?

Cela fait un bon bout de temps que j’entends ce mantra, qu’il faut apprendre à apprendre, mais au-delà de la formule, comment on fait ça en formation professionnelle ? Comment aller au-delà des savoirs ? Comment rendre le savoir au service de l’apprendre et non comme la finalité de l’apprentissage. L’apprentissage est orienté vers le résultat de l’enseignement. L’apprendre est orienté vers l’apprenant et son processus cognitif.

Je vous propose une série de chroniques sur cette réflexion et des outils pour aborder l’enseignement en formation professionnelle d’une autre façon pour être en mesure de faire face à l’avenir. L’apprendre est plus compliqué, mais porteur d’avenir. 

Je vous propose un schéma, vous me connaissez, sans représentation il ne peut y avoir de compréhension. Ce schéma présente les assises de ce qu’il faut considérer, non pas dans nos enseignements, mais dans les conditions qu’il faut mettre en place dans un environnement favorable pour que l’apprendre apparaisse.

Je m’inspire des travaux de mon collègue André Giordan, malheureusement décédé en mai dernier, pour illustrer l’environnement favorable à l’apprendre et les conditions à mettre en place pour développer les compétences de haut niveau de nos apprenants. La compétence professionnelle ne se développe pas dans les savoirs que j’ai acquis, mais à travers les façons dont je les ai appris.

Je terminerai avec une autre citation de Giordan qui introduira ma prochaine chronique, « Comment on apprend une profession » .

« Apprendre dépasse désormais la pure acquisition de connaissances factuelles. C’est l’appropriation de démarches qu’il importe de privilégier. » (Giordan, A. 1998)

Qu’est-ce que ça fait un prof?

Un commentaire

La pénurie d’enseignant.e.s au Québec sera encore plus critique en 2023-2024. Il y aura, dans les classes, des personnes qui vont jouer le rôle de l’enseignant.e sans avoir eu une formation préalable. 

On peut se scandaliser de la situation, mais le fait est là. On peut critiquer le fait de ne pas avoir vu, dans le passé, que cela allait arriver. Cela ne changera rien à la situation. Mais quoi faire pour aider ces personnes à être en mesure de jouer un rôle significatif sans avoir les compétences pour le faire ? 

Cette réflexion semble contradictoire, mais c’est la réalité. 

Il faut, au moins, faire en sorte d’éviter que ces personnes puissent croire que l’on devient enseignant.e en étant dans une classe. On peut aborder les tâches de l’enseignant.e de deux manières. La première, simpliste, est de croire qu’enseigner c’est simplement transmettre des connaissances. La deuxième, plus complexe, est de comprendre qu’il faut créer les conditions pour que les apprenant.e.s puissent apprendre.

Donc, il faut accompagner les personnes en classe à jouer ce rôle. Un.e enseignant.e ne peut rien faire apprendre, il ne peut que créer les conditions pour que cela puisse arriver, car apprendre est le propre de l’apprenant.e et non de l’enseignant.e.

Enseigner c’est complexe lors que l’on veut jouer pleinement son rôle en 2023.

Je veux apporter mon humble contribution pour accompagner les personnes en classe pour les aider à comprendre qu’enseigner c’est plus que la gestion de classe et la gestion des élèves en difficulté.

Voici un tableau qui présente en détail, mais pas de manière exhaustive, ce que fait un enseignant.e.

Suivez mon blogue, je vais vous aider!

Un blogue pour aider les enseignant.e.s en formation professionnelle

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J’ai délaissé mon blogue depuis quelque temps. Je tiens à vous rassurer, je vais reprendre mes activités plus régulièrement à partir du mois de juin. Je vais débuter ma retraite de l’université. Je pourrai ainsi avoir plus de temps pour communiquer avec vous.

Je prends ma retraite de l’université, mais pas de la formation professionnelle, qui est la cause de ma vie professionnelle. Je pense que je peux être encore utile, grâce au numérique. 

J’ai le souci d’aider les personnes enseignantes à relever les défis qui s’annoncent pour faire face à l’avenir. Il y a une nécessité de faire évoluer nos façons d’enseigner pour s’adapter aux différentes façons d’apprendre et élever le niveau d’intelligence professionnelle, et de compétence, de nos apprenant.e.s pour qu’ils et elles puissent s’épanouir dans un monde du travail et une société en pleine mutation.

Le plaisir d’enseigner pour susciter le plaisir d’apprendre, le développement des compétences de haut niveau, l’intégration des savoir-être dans l’enseignement et les apprentissages, le développement de « LA » compétence professionnelle, l’apprentissage collaboratif et les environnements d’apprentissage feront partie de mes prochains sujets.

Je vais également faire une refonte du blogue pour le rendre plus convivial et à jour. Un ménage s’impose pour faire de l’espace pour mes interventions à venir.

Au plaisir de vous retrouver bientôt,

Soyez attentif.

Henri Boudreault

L’enseignement

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Cette vidéo, sur l’enseignement, est inspirée du concept de « multiagenda de préoccupations enchâssées » de la chercheure Domique Bucheton et tiré de son livre « Les gestes professionnels dans la classe » aux éditions ESF.

La situation pédagogique

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La compétence professionnelle

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Explication de la compétence professionnelle

Valeurs, éthique, attitudes et savoir-être

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Des valeurs aux attitudes

Pour comprendre ce titre il faut traiter des concepts suivants : l’éthique, les valeurs, les principes, les attitudes, la conduite, l’identité professionnelle, les comportements et le savoir-être.
Mon raisonnement en lien avec le savoir-être s’appuie au départ sur l’activité professionnelle. Je distingue ce qu’une personne doit être dans sa vie de tous les jours et ce qu’elle doit être professionnellement. J’introduis toujours mes présentations en distinguant les attitudes personnelles et les attitudes professionnelles. Je m’occupe exclusivement des attitudes qui doivent être manifestées pour mener à bien les tâches professionnelles, dont une personne a la responsabilité. Comme didacticien en formation professionnelle, ce qui m’intéresse c’est l’objet de formation. Je constate que la grande majorité des tâches qu’une personne exerce, dans son métier, exige la manifestation d’attitudes pour qu’elle puisse répondre aux attentes.
Les attitudes sont la manière d’agir d’une personne en lien avec les circonstances dont elle doit faire face. Toute personne manifeste nécessairement des attitudes. Elles peuvent être adéquates ou inadéquates en rapport avec une situation ou une autre. Lorsqu’une personne se retrouve dans une formation professionnalisante, elle doit apprendre non seulement le savoir et le savoir-faire, mais également le savoir-être, pour être un professionnel qui inspire un lien de confiance entre elle et les bénéficiaires de son travail.
Je me préoccupe donc des attitudes professionnelles. Pour pouvoir faire apprendre ces attitudes, qui constituent le «  être professionnel », je dois déterminer le savoir de ce «  être » pour en établir le savoir-être. On peut « être » sans savoir-être, mais on ne peut apprendre à être sans savoir-être.
Mais de quoi est constitué le savoir sur le « être » pour en établir le savoir-être et ainsi faire en sorte que les apprenants puissent apprendre à manifester les attitudes professionnelles et ainsi réussir les tâches professionnelles dont ils auront la responsabilité.
C’est ici qu’entrent en jeu les concepts d’éthique, de valeurs et de principes. Voici le sens que je donne à ces concepts :
Éthique : Ensemble des règles pour avoir un comportement jugé professionnellement bon.
Valeur : Les qualités d’une profession qui suscite le respect et l’admiration.
Principes : Propositions qui déterminent les bases  d’une activité professionnelle.
Le point de départ pour établir les savoir-être professionnels est d’identifier les qualités nécessaires pour être un professionnel reconnu d’une profession. L’ensemble de ces qualités nous permet d’établir les valeurs sur lesquelles reposeront les règles éthiques qui seront établies et que l’on veut mettre de l’avant et les principes que nous en déduirons. Suite à l’observation des attitudes manifestées par des professionnels exemplaires, il est relativement facile de spécifier cette base.
Lorsque ces trois éléments de base sont établis, nous pouvons en arriver à déduire l’ensemble des comportements caractéristiques des activités professionnelles et ainsi déterminer la conduite à adopter dans telle ou telle circonstance. C’est l’ensemble des conduites qui spécifie l’identité professionnelle d’un professionnel. 
Lorsque, comme didacticien, je dispose des éléments de cette identité professionnelle, je suis en mesure de spécifier explicitement ce qu’est le savoir-être.
Les attitudes s’évaluent à partir des comportements que manifeste une personne. Il est nécessaire d’établir le savoir-être pour faire comprendre que certaines de ces attitudes sont inadéquates lors de la réalisation de tâches professionnelles. Le savoir-être permet de faire apprendre en quoi consistent les attitudes professionnelles adéquates à adopter selon les circonstances.
Le savoir génère la connaissance chez l’apprenant, le savoir-faire génère la capacité ou l’habileté pratique et le savoir-être génère les attitudes professionnelles.

L’apprendre

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Je discutais dernièrement avec un étudiant au doctorat. Il me soulignait la complexité des tâches de l’enseignant. Ces tâches devaient considérer les programmes, les élèves avec leurs caractéristiques et leurs états, les parents, les évaluations, les obligations administratives, les conditions actuelles avec la pandémie, l’utilisation des nouvelles technologies, les corrections, etc.

Je lui ai indiqué que les chasseurs d’oies sauvages ne tirent pas au hasard dans le ciel en espérant pouvoir en toucher une. Ils en choisissent une qui devient leur cible, vise et tire pour l’atteindre. Ce n’est pas parce qu’il y a plusieurs éléments qu’il faut les viser tous. Il faut se concentrer sur ce qui est essentiel. Dans le cas de l’enseignement, c’est la relation d’apprentissage.

Je lui ai spécifié qu’il ne m’avait pas indiqué l’élément le plus important que l’enseignant devrait réaliser et qui devrait être sa cible unique et ultime. Tous les autres éléments sont aux pourtours de cette cible. La tâche première d’un enseignant est de créer les conditions pour que l’apprenant apprenne. Ça semble évident, mais est-ce que c’est bien ce qui nous préoccupe en premier ? La volée d’oies nous empêche-t-elle de voir l’oie que l’on doit viser ? Tous les autres éléments doivent être considérés à partir de cet objectif. Mettre en place les conditions pour apprendre ne doit pas être un souhait, une intention ou un désir, mais bien un objectif qu’il faut atteindre.

Mais est-ce bien ce que nous faisons?

Question : Qu’est-ce qu’il faut que je fasse dans une situation COVID-19?
Réponse : C’est de faire en sorte de créer de nouvelles conditions pour que l’apprenant continue à apprendre.

Question : Qu’est-ce que je fais avec le numérique?
Réponse : Je m’en sers pour créer de nouvelles conditions pour apprendre

Question : Qu’est-ce que je fais comme activité à distance?
Réponse : Je conçois des activités pour que l’apprenant ait le goût de les réaliser et ainsi d’apprendre

Question : Qu’est-ce que je fais pour que les élèves soient présents sur Zoom?
Réponse : Je dois leur donner le goût d’apprendre et pour apprendre ils doivent être présents.

Question : Comment vais-je faire pour les évaluer à distance?
Réponse : Est-ce que j’ai créé les conditions pour qu’ils apprennent quelque chose qui doit être évalué?

Pour terminer, je désire simplement citer André Giordan, tiré de son livre « Apprendre » (1999).

« Apprendre consiste à s’apercevoir que ses savoirs sont peu ou pas adéquats pour traiter d’une situation. Il s’agit de dépasser ses conceptions primaires ou préalables, pour sauter d’une strate cognitive à une autre. La simple adjonction d’informations constitue une pratique insuffisante. Tout un processus d’élaboration doit se mettre en place. »

J’ajouterais une belle citation de Saint-Exupéry qui exprime bien ce qu’il faut faire pour faire apprendre :

« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le coeur de tes hommes et femmes le désir de la mer. »

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