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Je pensais qu’ils seraient mes amis : 4. Le respect à la place de l’amitié.

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Le type de relation que doit avoir un enseignant avec ses élèves est loin d’être évident. Apprendre c’est changer et changer c’est insécurisant. André Giordan exprimait dans son livre «Apprendre» que l’élève est seul à apprendre, mais qu’il ne pouvait apprendre seul. C’est tout là que repose le dilemme. Être un agent nécessaire à l’apprentissage sans être indispensable à l’élève.

Nous ne sommes ni un parent, ni une relation, ni un ami, ni un confrère et ni un patron. Qui sommes-nous? Certains parleront d’un guide, d’un mentor, d’un tuteur, d’un maître, d’un coach ou d’un compagnon. En ce qui me concerne, je parlerais plus d’un accompagnateur.

On suit un guide, mais l’élève ne devrait pas suivre un enseignant, car cela produirait une dépendance à toujours avoir quelqu’un en avant pour t’indiquer où aller. Le tuteur soutient à défaut d’autre chose. L’élève n’est pas un incapable, il est en apprentissage, il n’a pas besoin d’un tuteur. Il y a le coach qui donne des instructions et indique comment faire. L’élève doit apprendre à faire et à savoir, si l’on veut qu’il devienne compétent il ne doit pas suivre des instructions, il doit élaborer lui-même les actions de sa tâche. Le coach, par sa nature, occulte une part essentielle au développement de la compétence de l’élève. Ce dernier n’est pas en apprentissage pour se faire convaincre du bien-fondé d’une pratique ou pour appliquer des prescriptions d’un expert. Le mentor se doit d’être un modèle. Il est plus témoin d’une situation qu’un acteur. Finalement, le compagnon qui à l’inverse du mentor n’est pas un témoin, mais un acteur dans l’action.

L’accompagnateur ne répond à aucun de ces rôles et en même temps joue un peu tous ces rôles, selon la situation, sans créer de dépendance. L’accompagnateur est ni en avant, pour tirer sur l’élève, ni en arrière pour pousser dessus, ni au-dessus pour le dominer et ni en dessous pour le supporter, il est à côté pour l’accompagner. Il ne pourra aller plus loin que l’élève désire ou a besoin d’aller. Encore faut-il que l’élève sache où il désire aller. C’est dans cette optique qu’il est important que l’accompagnateur et l’élève disposent de la même feuille de route lui dressant l’itinéraire des apprentissages à réaliser, des intentions poursuivies, des buts à atteindre et, par conséquent, des efforts à fournir.

Le rôle de l’accompagnateur n’est pas de donner des réponses à l’élève à des questions qu’il ne se pose pas. Son rôle est de faire en sorte d’amener l’élève à se poser les questions des réponses qu’il faut qu’il apprenne. Il ne pourrait jouer ce rôle subtil s’il est perçu comme le roi et maître de la classe malgré le fait que c’est la perception qu’ont les élèves. On ne peut défaire aussi facilement des pratiques d’enseignement et des perceptions des élèves qui perdurent depuis des centaines d’années.

Combien d’enseignants sont heureux de ce rôle de maître? En plus de changer le rôle de l’enseignant, nous devons également changer le rôle de l’élève. Un maître à besoin d’élèves, un accompagnateur à besoin d’apprenants. Pour qu’un élève se transforme en apprenant il faudra mettre en place tout un dispositif qui permettra à ce dernier de jouer un rôle plus actif dans son processus d’apprentissage. L’enseignant est un médiateur entre l’apprenant et l’objet à apprendre. Le lien entre l’apprenant et l’accompagnateur est celui du respect mutuel et non de l’amitié. Respecter une personne c’est donner de la valeur à ce qu’elle est, ce qu’elle dit et ce qu’elle fait.

La suite : 1. Avancez en arrière!

Je pensais qu’ils seraient mes amis : 3. Allo la police !

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J’arrivais à l’école vers 8 h le matin. Les cours débutaient à 9 heures. Le magasinier est venu me voir pour m’indiquer qu’un élève était entré dans l’atelier à 7 h et était ressorti avec un gallon de colle et il s’était rendu dans son auto. Je suis allé voir avec le magasinier si nous pouvions repérer le récipient de colle par la fenêtre de son auto. Effectivement, le gallon était sur son siège arrière. Je suis allé avertir la direction et j’ai expliqué ce qui s’était passé.

Le directeur a convoqué l’élève dans son bureau pour lui demander des explications, ce dernier lui a dit qu’il m’avait demandé s’il pouvait prendre le restant de la colle pour son usage personnel et que j’avais accepté.

La direction m’a fait venir pour me demander si c’était le cas. Je connaissais très bien cet élève, nous savions, le directeur et moi, qu’il était à l’origine des troubles en classe. Vous compreniez bien que je n’étais pas enclin à lui faire des cadeaux. En plus, il affirme devant moi que c’était le matin même à 6h30 qu’il m’avait demandé cela.

Il avait un ton tellement sincère que je me suis mis à douter de moi un instant. Cela n’avait aucun sens, je serais venu à 6h30 le matin rencontrer le dernier élève que je désirais rencontrer, pour lui faire un cadeau, c’était absurde. La rencontre s’est terminée par une suspension d’une semaine de l’élève. Mais tout ne s’arrêta pas là.

Au début de l’après-midi, l’élève arrive à l’école avec deux policiers. Il demande de rencontrer le directeur avec moi. Il nous informe qu’il avait demandé aux policiers de l’accompagner, car il avait peur de nous. Il était venu nous rapporter quatre chaises qu’il avait «empruntées» dans la réserve où les élèves déposaient leurs projets qui étaient terminés. La situation était irréaliste, les policiers accompagnent un voleur pour le protéger de ceux qu’il a volés.

C’était la fin pour cet élève. Il a été renvoyé de l’école. Nous n’avons pas porté plainte pour le vol, mais nous avons porté plainte au chef des policiers pour le rôle inconsidéré des policiers dans cette affaire. Ils ont été suspendus pour trois semaines pour manque de jugement.

Je n’ai jamais revu l’étudiant en question. Je n’ai jamais su pourquoi un si bon manipulateur avait fait une gaffe aussi stupide. Cela demeurera toujours un mystère pour moi.

L’absence de cet élève du groupe d’élève a été très bénéfique. Les élèves eux-mêmes étaient heureux. Ils m’ont informé, par la suite, l’élève en question les intimidait et qu’ils en avaient peur, pourtant c’était tous des adultes. J’en ai profité pour reprendre le contrôle de ma classe. Mes élèves n’étaient plus mes amis. Mon rôle n’était pas de les aimer, mais de leur faire apprendre un métier. Vous me direz que l’un ne va pas sans l’autre, je vous dirais que les élèves adultes ont surtout besoin d’un enseignant ou d’un formateur qui a du leadership et que ce dernier manifeste du respect envers ses élèves.

À suivre : 4. Le respect à la place de l’amitié.

Je pensais qu’ils seraient mes amis : 2. Dehors l’incompétent !

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Étant donné qu’ils étaient des adultes, la formation était payée pas le Ministère du Travail et s’ils étaient en échec, ils seraient renvoyés du cours et perdraient ainsi leur prestation de formation. Je venais jouer dans le pain et le beurre de mes élèves. J’étais définitivement dans une zone dangereuse et je faisais face à l’agressivité du trois quarts de ma classe.

Cette agressivité ne s’est pas manifestée directement et immédiatement, cela a été beaucoup plus subtil. Cela a pris trois semaines pour que la contestation de mes élèves se concrétise sous la forme d’une missive du ministère de l’Éducation à ma direction d’école. L’auteur de la lettre spécifiait à ma direction qu’étant donné les déclarations signées des plaignants, mes élèves, il serait indiqué de remercier de ses services un enseignant aussi incompétent.

Je n’avais pas été convoqué par cette personne pour donner ma version des faits. J’avais été jugé et condamné. Mais ce n’était pas le Ministère qui avait un droit de regard sur mon embauche, heureusement, c’était la commission scolaire.

La direction de mon école connaissait mes façons de faire et c’est en partie pour cela que j’avais été engagé, pour mettre de l’ordre dans ce cours. Le directeur refusa de suivre les recommandations de ministère et me confirma dans mes fonctions malgré que les élèves avaient manifesté leurs désaccords par une manifestation avec pancartes et grève.

J’avais gagné mon point, mais il fallait que je fasse face à mes élèves pour continuer à donner mon cours. Les leaders de la manifestation ne correspondaient pas au profil des élèves contestataires. Comment était-il possible que des élèves sans histoire et collaboratifs devenaient du jour au lendemain des activistes d’une cause qu’ils n’avaient jamais revendiquée. Il était clair qu’il y avait un manipulateur ou une manipulatrice derrière leurs prises de position.

Effectivement, cela a pris un mois pour découvrir les vrais acteurs de ce putsch. La manière dont s’est déroulée la conclusion de cette histoire ressemble à la manière dont Al Capone s’est fait prendre. Ce dernier s’est fait prendre par son impôt. Ce qui avait été sa perte n’avait  aucun rapport  avec ses fautes alléguées.

De la même manière, l’élève qui était en faute, qui avait monté la classe et qui se servait des autres pour faire du trouble, c’est fait prendre à voler le fond d’un gallon de colle à 7 heure le matin. Nous avions identifié depuis un certain temps quel élève avait initié les troubles en classe, mais nous n’avions pas de preuve. C’est ce dernier qui nous a fourni la cause de sa perte.

À suivre … 3. Allo la police!

Il y en a qui ne sont pas fait pour ce métier : 5. On fait quoi maintenant?

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À la suite de ce blocage, j’ai rencontré l’élève pour discuter avec lui de la suite des choses. Il m’a demandé de le laisser continuer malgré son échec, ce que j’ai refusé. Les règles étaient claires pour tous. Par souci d’équité, je ne pouvais faire un passe-droit. L’idée n’était pas de s’acharner pour que l’élève poursuive sa formation, il fallait comprendre ce qui ne marchait pas.

La classe comporte quinze élèves. Chacun observe ce qui se passe pour détecter les injustices potentielles. Lorsque les élèves se voient contraints de respecter des exigences et des consignes, ils vont se référer au plus petit dénominateur commun. Je veux dire par cela que ce que vous allez tolérer chez un élève sera vu par les autres comme une nouvelle condition acceptable. Vous tolérez qu’un élève arrive à une heure différente en classe, tous les autres vont arriver à cette heure dans un délai assez court.

Je lui ai demandé ce qu’il l’avait motivé à s’inscrire à un cours d’ébénisterie. Il m’a répondu qu’il s’était inscrit à ce cours, car la date du cours tombait bien et que la durée lui  permettait de patienter avant de s’inscrire au cours qu’il désirait vraiment. Il m’a informé que son vrai but était de suivre un cours comme moniteur de cerfs-volants. Son père fabriquait des cerfs-volants et il désirait former ceux qui voulaient les utiliser.

En ce qui me concernait comme enseignant mon rôle s’arrêtait là. Je l’ai dirigé vers un conseiller en orientation pour suivre des tests d’aptitudes et l’aider à préciser ses choix. Dans son cas, ce n’était pas qu’il n’avait pas le corps de l’emploi, il n’avait pas la tête à l’emploi. Je lui ai tout de même permis de se rendre au bout de ce qu’il pouvait faire dans les limites de la profession à apprendre, de sa santé et de sa sécurité ainsi que celle des autres.

La suite : Je pensais qu’ils seraient mes amis.

Il y en a qui ne sont pas fait pour ce métier : 4. 15 – 1 = 14 ou 1 – 15 = – 14

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Je ne voulais pas agir autrement avec lui qu’avec les autres. Ma stratégie était qu’il se rende compte par lui-même de la situation. J’ai toujours été convaincu que l’on ne devait jamais laisser un élève aller plus loin que ce qu’il était capable de faire. Dans ce sens, j’avais conçu un itinéraire des apprentissages dont les trois premières parties consistaient à maîtriser l’outillage manuel, électrique et les machines à bois. Ces trois éléments étaient la source de tous les dangers de blessure pour l’élève. La maîtrise de ces outils et machines assurait par la suite un travail sécuritaire et efficace.

Heureusement, pour lui, mon élève n’a pu se qualifier à l’utilisation des machines à bois. Il avait déjà pris deux fois le temps nécessaire pour les premiers apprentissages de l’itinéraire. La dernière activité était d’ajuster les couteaux de la dégauchisseuse. Cette activité devait durée quarante-cinq minutes, après trois jours il a déclaré forfait. Il avait des pansements sur tous les doigts. Ce n’était pas des blessures graves, mais elles étaient la manifestation de sa limitation.

Cette dernière activité n’avait pas seulement un caractère technique, mais elle mettait à l’épreuve la patience, la persévérance, la minutie et le souci de protection de l’élève. Ce sont ces éléments que je désirais mettre à l’épreuve beaucoup plus que l’aspect technique de l’ajustement des couteaux de la machine qui était seulement un prétexte.

À suivre : On fait quoi maintenant ?

Il y en a qui ne sont pas fait pour ce métier : 3. Le moniteur de cerfs-volants

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Tous les élèves se mettent à la tâche. Je faisais le tour des établis pour observer, faire des démonstrations et conseiller les élèves. Lorsque je me présente à l’établi de cet élève, je constate qu’il est pieds nus, qu’il ne porte pas le tablier, qu’il est en bedaine, qu’il avait placé le rabot dans les mâchoires de l’étau, qu’il était à genou sur son établi et qu’il frottait sa pièce de bois sur la semelle du rabot. Je lui demande ce qu’il faisait et il me dit qu’il exécute le travail demandé.

Vous allez me dire que cette élève voulait faire le clown et ridiculiser le travail que j’avais demandé. Ce fut ma première pensée. Mais ce n’était pas le cas. Étrangement, son comportement représentait réellement la compréhension qu’il avait eu du travail à réaliser. Il n’avait pas de mauvaise volonté, il comprenait ce qu’on lui disait à travers un filtre de représentation auquel il était difficile d’avoir accès. J’ai fini par me faire comprendre par lui avec certaines limites.

Tant et aussi longtemps où les travaux se limitait aux outils manuels et au travail à l’établi les problèmes seraient limités. Ma crainte était plus grande lorsqu’il utiliserait les machines à bois. Sa manière de comprendre et ses comportements face à ce type d’outils allaient certainement provoquer des situations où il mettrait son intégrité physique et celle des autres en danger.

À suivre : 15 – 1 = 14 ou 1 – 15 = -14

Il y en a qui ne sont pas fait pour ce métier : 2. Il vient de quelle planète?

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Il faut tout de même admettre que tout le monde ne peut pas tout faire. Il y a des personnes qui n’ont pas les dispositions nécessaires pour exercer un métier en particulier. Cette disposition n’a pas nécessairement un lien avec des capacités intellectuelles. L’écart entre ce que nous sommes et ce que le métier demande d’être est plus de l’ordre d’être apte à exercer un métier que d’avoir ce qu’il faut pour l’exercer. Ce fameux profil professionnel serait plutôt de l’ordre des aptitudes, des affinités ou des qualités nécessaires à gérer des situations de travail plutôt que de capacités et d’habiletés à réaliser des tâches. D’où l’importance, non pas de les juger sur l’apparence, mais d’inclure une stratégie didactique permettant de mettre à  l’épreuve, pour tous les élèves, le choix qu’ils ont fait dans des actions professionnelles. Cette mise à l’épreuve fait en sorte non pas de comparer l’élève à un modèle, mais de placer l’élève face aux conditions de réalisation des tâches professionnelles. Cela n’a pas pour but de détecter une incapacité à apprendre le métier, mais surtout une incompatibilité avec les qualités requises pour exercer ce métier et les efforts que sera prêt à investir l’élève.

Je prends pour exemple un de mes élèves que j’ai rencontrés lors de ma cinquième année d’enseignement. Il a mis à l’épreuve toutes mes stratégies et mes outils didactiques et heureusement ils ont fonctionné pour son plus grand bien, le mien et celui des autres élèves.

Cet élève était sympathique et participait avec enthousiasme à toutes les activités du cours. Le problème était dans la façon dont il interprétait les tâches à réaliser et les consignes à respecter. Au début de la formation les élèves avaient accès qu’aux outils manuels pour le travail à l’établi. Les consignes, en résumé, pour le travail en atelier étaient de porter des souliers renforcés, des vêtements pas trop amples, pas de bijou et d’utiliser le tablier d’ébéniste. Pour le travail à faire, il s’agissait de placer une pièce de bois dans l’étau pour la raboter aux dimensions du plan à l’aide d’un rabot. La procédure à appliquer était de se placer les pieds de manière stable, d’ajuster la coupe de son rabot correctement et de procéder au rabotage des rives de la pièce pour qu’elles soient parallèles. Il est difficile d’imaginer bien des façons d’interpréter ces informations. Et bien, ce n’était pas le cas de mon élève. La façon dont il se représentait le travail à faire me donnait l’impression qu’il venait d’une autre planète.

À suivre : Le moniteur de cerfs-volants

Il y en a qui ne sont pas fait pour ce métier : 1. Le corps ou la tête de l’emploi.

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Beaucoup d’enseignants, que j’ai rencontré, ont cette fâcheuse habitude de décréter qu’un élève est fait ou pas pour le métier qu’ils enseignent. Il est hasardeux d’étiqueter des élèves de cette manière. Plusieurs facteurs peuvent faire en sorte qu’un élève ait des difficultés à se conformer aux exigences d’un métier.

Il est plus que probable, lorsqu’un enseignant déclare qu’un élève n’est pas fait pour un métier, que consciemment ou inconsciemment l’enseignant fasse ce qu’il faut pour avoir raison. C’est ce qu’on nomme « L’effet Pygmalion ». Mon expérience m’a démontré que l’on pouvait avoir tort la plupart du temps en agissant de la sorte. Le modèle que l’on s’est construit dans la tête est souvent fortement inspiré sur ce que nous sommes. À partir de cette référence, toute personne différente de ce que nous sommes est susceptible d’être déclarée inapte à la profession.

J’ai déjà demandé à un enseignant pourquoi il avait dit à un élève qu’il n’était pas fait pour le métier. Il m’a répondu que c’était très simple, car l’élève était trop frêle en plus de ne rien connaître du métier de mécanicien de machinerie lourde. Il me semblait qu’en ce qui a trait à ses caractéristiques physiques cela avait le temps de changer et en ce qui avait trait à ses connaissances du métier on ne pouvait demander aux élèves de connaître à l’avance ce qu’ils sont venus apprendre. Nous n’étions plus à l’époque où c’était les fils de cultivateurs qui venaient suivre des cours de mécanicien de machineries lourdes.

À suivre : Il vient de quelle planète ?

Ils n’ont pas les préalables : 8. Je suis comme je suis.

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Vous allez me dire que ce n’est pas la responsabilité du prof de se préoccuper de ce que l’élève va faire une foi sa formation terminée. Je suis d’accord avec vous aussi longtemps que l’apprenant se conforme aux valeurs professionnelles durant sa formation. On ne peut adapter l’apprentissage d’un métier aux valeurs de chacun. Un métier est plus que simplement un ensemble de tâches à réaliser. Il y a une culture associée à l’exercice d’un métier ou d’une profession. Cette culture donne un sens et des valeurs qui teintent les comportements d’une personne lors de la réalisation de ses tâches selon le contexte.

À chaque métier ou profession se greffe des tenues, des façons de faire, des attitudes et des qualités qui sont déterminantes  pour celui ou celle qui désire le pratiquer. Ces composantes du professionnalisme demandent d’y adhérer pour pouvoir les manifester. Elles constituent la trame des valeurs qui teinte l’action professionnelle de la personne.

J’ai déjà eu un enseignant, comme étudiant, qui œuvrait comme infirmier auxiliaire. Il avait des piercings, sa chevelure était du type mohawk et il était tatoué sur le visage et les bras. Vous me direz que tout le mode est libre de se présenter comme il veut et que c’est de l’ordre du personnel. C’est vrai jusqu’à une certaine limite. Cet enseignant m’avait expliqué que même si sa tenue pouvait surprendre lorsque les gens le connaissaient il était très sympathique. Je lui ai demandé si sa tenue était acceptable s’il avait à travailler avec des personnes âgées au soin palliatif de l’hôpital. Je ne suis pas convaincu qu’il représentait la présence rassurante dont ces personnes devaient s’attendre. Il m’a répondu que cela ne l’intéressait pas de travailler au soin palliatif.

J’ai peut-être tort avec mon exemple. Je suis peut-être dépassé, mais je pense qu’il y a ici un manque de professionnalisme comme enseignant et comme infirmier. Je ne dis pas qu’il est dans l’erreur, mais cette situation est porteuse d’un certain nombre de questionnements qu’il est important de se poser.

Il est certain qu’il y a des personnes qui sont dans des métiers qui ne leur conviennent pas. La question que l’on doit se poser et à l’effet de maintenir cette situation, de l’ignorer ou de l’encadrer. Il me semble important non seulement d’informer, mais de confronter les élèves aux attitudes professionnelles qu’ils devront manifester pour être perçus comme des professionnels.

Lors de travaux avec des enseignants et des chefs d’entreprise j’en suis venu à identifier vingt savoir-être représentatifs des comportements professionnels à faire manifester aux élèves lors de la réalisation des diverses tâches professionnelle de leur métier. Ces savoir-être seront choisis selon les besoins du métier. Ces savoir-être peuvent être : la persévérance, le maintien, l’organisation, la prévenance, la protection, la vigilance, le respect, la maturité, l’assiduité, l’autonomie, l’efficacité, la débrouillardise, la patience, le jugement, l’intégrité, l’initiative, l’esprit d’équipe, la polyvalence, l’audace et la communication.

Il est essentiel, lors de son orientation professionnelle, d’établir l’écart entre ses attitudes personnelles et les attitudes professionnelles nécessaires à l’exercice du métier. La difficulté la plus grande pour apprendre et exercer un métier ne réside pas dans les connaissances à acquérir ou les tâches à exercer, mais dans les attitudes à manifester lorsque nous ne les avons pas au départ.

Apprendre un métier ou une profession est un processus différent de l’acquisition de connaissances. En plus de vouloir l’exercer, l’apprenant doit regrouper les conditions pour mener à terme son projet. La prise en compte des préalables est une condition essentielle pour que les élèves cheminent adéquatement durant la formation et que l’enseignant puisse intervenir selon les compétences qu’il possède réellement.

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De joyeuses fêtes à tous.

Je serai de retour en 2014 avec la suite.

 » Il y en a qui ne sont pas fait pour ce métier. »

Ils n’ont pas les préalables : 7. La langue et le langage.

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J’ai surmonté l’écueil du langage par la remise aux élèves d’un glossaire des termes techniques à utiliser et comprendre. On pense souvent qu’en fournissant des livres aux élèves que cela compense et facilite la compréhension, c’est une erreur de croire cela. Il s’agit d’observer comment on apprend à lire aux petits enfants. On débute en associant des mots avec des objets concrets. Par la suite, on fait lire des phrases simples représentant des choses ou des événements simples de tous les jours. Ce sera que beaucoup plus tard où la lecture, la compréhension et l’utilisation de mots représentants des choses plus abstraites feront leur apparition. Il en va de même pour l’apprentissage d’un langage technique.

Lorsque vous lisez un livre, toute cette démarche est intégrée. Vous devez comprendre les mots pour comprendre les phrases qui sont écrites. De cette manière, vous pouvez comprendre le sens des mots et celui qu’a voulu lui donner l’auteur du texte. Pour qu’un mot se transforme en concept, pour qu’il soit utilisable par le lecteur, il faut que ce dernier ait un sens pour celui-ci qui le lit.

Nous pouvons compenser la méconnaissance du langage et c’est la responsabilité de l’enseignant de le faire. Il en va tout autrement pour la langue. Il est essentiel que l’élève qui s’inscrit à une formation maîtrise à un niveau fonctionnel la langue qui sera utilisée. Si ce n’est pas raisonnable de demander cela, j’aimerais que l’on m’indique comment un enseignant en formation professionnelle peut surmonter ce problème. Si j’ai raison, pourquoi on fait vivre cela à des enseignants?

Les préalables professionnels sont ceux qui sont en lien avec les affinités des élèves avec le métier qu’ils ont choisi. Il y avait un objet de mon programme qui me demandait de traiter de la gestion d’une petite entreprise artisanale. Je faisais apprendre à mes élèves comment présenter un plan d’affaires à un établissement financier. L’un de mes élèves m’a demandé comment faire pour partir en affaire s’il avait déjà fait faillite avec une entreprise précédente. Je lui ai expliqué qu’il pouvait s’associer avec quelqu’un d’autre. Il m’a indiqué que son épouse avait également fait une faillite personnelle. Je lui ai expliqué qu’il devrait peut-être rencontrer un professionnel en finance pour l’aider. Il m’a expliqué qu’il voulait des trucs pour pouvoir mentir aux banques. Vous comprendrez que je n’ai pas encouragé sa position. Pour se justifier, il accusait tout le monde d’être des voleurs et des menteurs. Pour lui, il n’avait pas à offrir de garantie sur ses meubles, il suffisait de changer de nom et d’adresse. Ce n’était pas utile de réparer une erreur, il s’agissait de la cacher jusqu’au moment où le meuble serait vendu. Finalement en ce qui a trait à l’éthique et au professionnalisme, cet élève en avait une carence marquée.

À suivre : Je suis comme je suis!

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